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 Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

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MessageSujet: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 27 Mai 2017, 09:41

Rappel du premier message :

Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

Introduction


VINCENT : Voilà donc où nous en sommes, mon cher oncle ! Ceux qui, dans ce pays, viennent rendre visite à leurs amis malades et malheureux, viennent y chercher, comme je le fais moi-même en ce moment près de vous, le réconfort et la consolation. Les prêtres et les moines parlent aux malades de la mort, mais nous qui sommes dans le monde, avons toujours tâché, ici, en Hongrie (1), de leur rendre courage et espoir en la vie.
Mais maintenant, mon cher oncle, le monde est devenu si mauvais et de si grands périls sont suspendus au-dessus de nos têtes que notre plus grand réconfort est de penser que la mort approche. Et nous qui sommes vraisemblablement destinés à vivre un certain temps dans cette misère, avons besoin que quelqu'un comme vous, mon cher oncle, nous puisse donner quelques bons conseils contre l'affliction, car vous avez vécu longtemps et vertueusement et êtes si versé dans la loi de Dieu que bien peu de gens le sont plus que vous en ce pays. Vous avez une longue expérience de ce que nous redoutons maintenant, car vous avez été emmené en captivité par deux fois et maintenant vous êtes sur le point de nous quitter.
Cela peut être pour vous un grand soulagement, mon cher oncle, puisque vous allez à Dieu. Mais, nous, vous nous laisserez ici comme des orphelins. Vous nous avez toujours soutenus en nous aidant, en nous encourageant, en nous conseillant, non comme l'eût fait un oncle ou quelque parent éloigné, mais comme un véritable père.

ANTOINE : Mon cher et bon neveu, je ne nierai pas que non seulement ici en Hongrie, mais un peu partout dans la chrétienté, on ait pris l'habitude de réconforter les malades d'une manière aussi peu chrétienne. On leur fait plus de mal que de bien en réveillant en eux le désir de vivre, au lieu de les laisser méditer sur la mort, le jugement, le paradis et l'enfer et sur toutes ces pensées qui devraient obséder un homme non seulement quand il est malade, mais même quand il est en parfaite santé. Cette manière d'agir me paraît absurde quand on en use pour réconforter un homme de mon âge, car s'il est vrai qu'un jeune homme puisse mourir prochainement, il est évident aussi que, de toute façon, un vieillard n'en a plus pour longtemps à vivre. Pourtant (comme le dit Cicéron), il n'est personne d'assez vieux pour n'espérer vivre une année encore et se réjouir en caressant cette folle pensée. Aussi les prétendus réconforts des amis, au lieu de réconforter celui qui doit mourir, feront s'évaporer complètement cette douce rosée de la grâce de Dieu qui nous amène à souhaiter le départ pour l'autre monde, où l'on se trouve en sa présence.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 24 Aoû 2017, 00:43

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Si on y cède, c'est pour tomber dans toutes sortes de défauts : manières arrogantes, comportement hautain, mépris pour les pauvres en paroles et en attitude, comportement dédaigneux et désagréable, malhonnêteté, haine et cruauté.

Pour beaucoup de gens vertueux, mon neveu, le succès est un grand péril, c'est un instrument du diable. Certains, sentant le démon leur offrir des tentations, en sont gravement troublés. Il y en a même qui sont si effrayés, que dans le plein jour de la prospérité, ils tombent dans la terreur nocturne de la pusillanimité, et, doutant d'eux-mêmes avec excès, ils laissent inachevées des uvres dans lesquelles ils eussent pu se rendre utiles. Ils doutent du secours de Dieu qui pourrait les aider à résister aux tentations et se laissent aller au démon du désespoir. Sous prétexte de ce qui leur paraît l'humilité et le désir de servir Dieu en silence, ils recherchent leurs aises sans même en avoir conscience, et cela mécontente le Seigneur.

Cependant si un homme entouré d'honneurs se rend compte, grâce à la connaissance qu'il a de lui-même, que richesses et autorité nuisent à son âme, s'il s'aperçoit qu'il ne peut faire le bien qu'il devrait, s'il voit péricliter par sa faute les uvres qu'il devrait soutenir, s'il voit qu'il ne peut remplir les devoirs de sa charge, je lui conseille d'abandonner cette charge, qu'il s'agisse d'honneurs spirituels comme par exemple la fonction d'évêque ou de toute autorité temporelle ; oui, mieux vaut se retirer et servir Dieu que d'accepter pour soi-même les honneurs au détriment de ceux que sa charge lui ordonne de protéger.

D'un autre côté, il peut remplir honorablement les devoirs de sa charge et n'être troublé que par les tentations de l'ambition et de l'orgueil, et craindre qu'elles ne le fassent tomber dans le péché. Je ne nie certes pas qu'il soit prudent de se tenir tout le temps dans une crainte modérée, car l'Écriture dit : « Heureux l'homme toujours en alarmes » (Pr., 28, 14) ; et saint Paul dit : « Que celui qui se flatte d'être debout prenne garde de tomber »(1 Cor., 10, 12).

Pourtant, l'excès de crainte est périlleux et amène à douter de l'aide de Dieu. Cette crainte immodérée, la sainte Écriture la condamne en disant : « Demeurez fermes, ne vous laissez pas effrayer » (Ph., 1, 28). Il faut donc qu'un homme qui est honoré tempère par une vive espérance la crainte qu'il éprouve de Dieu.

Qu'il se dise que, si Dieu a voulu lui confier cette charge, Dieu l'assistera de sa grâce afin qu'il la puisse bien exercer. Mais s'il est arrivé à s'élever par la simonie ou par d'autres moyens coupables, alors il faudrait considérer les tourments que donne la tentation comme une raison de se démettre. S'il n'en est pas ainsi, qu'il continue son bon travail, et contre la provocation du démon, qu'il se sanctifie, qu'il prie, qu'il en appelle à Dieu et qu'il veille à ce que le démon ne tente pas de le faire pécher. Qu'il plaigne et réconforte ceux qui sont dans l'affliction. Je ne veux pas dire qu'il doit laisser tous les crimes impunis, permettre aux malfaiteurs de voler à volonté. Mais dans son cur, qu'il s'attriste en voyant que, par nécessité, pour préserver le bonheur commun, les hommes sont amenés à infliger une peine aux malfaiteurs. Dès qu'il trouve les indices d'un possible redressement, qu'il agisse de tout son pouvoir pour obtenir le pardon. Il ne manquera jamais de criminels fort mal disposés sur qui la justice pourra s'exercer. Qu'il pense dans le fond de son cur que tout mendiant est son frère.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 24 Aoû 2017, 23:48

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

VINCENT : Il est bien difficile, pour un homme riche et bien habillé, de se comparer à un mendiant en guenilles.

ANTOINE : Supposez, mon cher neveu, qu'il y ait ici, deux hommes, tous deux mendiants. Survient un richard, il en emmène un avec lui et le garde chez lui pendant un certain temps, l'habille de soie, lui donne une bourse bien garnie, mais, l'avertissant que, dans peu de temps, il lui faudra reprendre ses haillons, et retrouver sa pauvreté. Supposez que ce mendiant vêtu de soie rencontre son compagnon ; ne pourrait-il, malgré son accoutrement, se reconnaître comme son frère ?

Ne serait-il pas fou, si, pour une fortune de quelques semaines, il se croyait supérieur à l'autre ?

VINCENT : Certainement, mon oncle, si du moins il n'y a entre eux d'autre différence.

ANTOINE : Mon cher neveu, il me semble qu'en ce monde la différence entre le plus riche et le plus pauvre est à peine plus sensible. Que le plus riche considère le plus misérable et pense qu'ils étaient tous deux pareils en venant au monde. Qu'il se dise bien que malgré toute la richesse dont il jouit actuellement il sera, peut-être, dans quelques jours, plus misérable encore que ce mendiant.

Aucun homme ayant un brin d'intelligence et sachant s'en servir ne peut penser moins que cela. Mais un chrétien, ayant un peu de foi, ne peut manquer d'aller plus loin. Il ne pensera pas seulement à sa venue ici-bas, à son départ pour l'autre monde, mais aussi au terrible jugement de Dieu, aux effroyables peines de l'enfer et aux inestimables joies du ciel. En réfléchissant à ces réalités, il se dira que, quand ce pauvre hère et lui-même auront tous deux quitté ce monde, le mendiant sera entouré de tels honneurs qu'il souhaitera à ce moment être son égal. Pour celui qui réfléchit à ces choses, mon cher neveu, la flèche de l'orgueil volant en plein jour, n'est pas bien redoutable.

Mais pour y bien penser, le mieux est de se confesser souvent. Que l'homme vertueux, qui craint le démon de la prospérité, ouvre son coeur et, par la bouche de quelque vertueux père spirituel, il entendra des vérités qu'il avait oubliées. Qu'il se ménage en sa maison quelque endroit solitaire et silencieux, qu'il s'y retire de temps en temps et qu'il s'imagine se retirer du monde et rencontrer Dieu pour lui rendre compte de sa vie de péché. Là, devant un autel, devant quelque image représentant l'amère Passion du Christ, image dont la contemplation peut lui remettre en mémoire la Passion elle-même, et éveiller en son âme une dévote compassion, qu'il s'agenouille et se prosterne aux pieds du Seigneur tout-puissant, croyant fermement qu'il est là, invisiblement présent. Alors, qu'il ouvre son coeur à Dieu et confesse les fautes dont il peut se souvenir, qu'il prie Dieu de lui accorder le pardon. Qu'il se souvienne des bienfaits dont Dieu l'a comblé, (honneurs publics ou grâces intimes). Qu'il avoue à Dieu les tentations du démon, les tentations de la chair, celles du monde, et les occasions de pécher provenant des amis, lesquels sont parfois bien plus dangereux pour enlever un homme à Dieu que ne le sont ses plus mortels ennemis. Notre-Seigneur l'affirme lui-même quand il dit : « Un homme a pour ennemis les gens de sa propre famille » (Mt., 10, 30).

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 25 Aoû 2017, 21:56

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Qu'il pleure devant Dieu sa propre fragilité, sa négligence, sa mollesse à résister aux tentations, sa facilité à y succomber. Qu'il supplie Dieu de lui accorder son aide, de le fortifier à la fois pour l'empêcher de tomber, pour que, s'il succombe par sa faute, il ait la force de se relever et, avec l'aide de Dieu, de retrouver la grâce. Que cet homme ne doute pas que Dieu l'entend et lui accordera bien volontiers cette faveur.

Ainsi, en gardant le ferme espoir de recevoir l'aide de Dieu, il emploiera bien sa prospérité, il persévérera dans ses occupations profitables. Dieu l'enveloppera comme un bouclier, il n'aura plus à craindre « la flèche volant en plein jour » c'est-à-dire le mal que peuvent faire les biens de ce monde.

VINCENT : Mon cher oncle, ce conseil me paraît excellent. Il est très utile à ceux qui vivent dans l'abondance et la prospérité.

ANTOINE : Je supplie le Seigneur, mon cher neveu, d'inspirer ces pensées et d'autres, meilleures, à toute personne qui en a besoin. Et maintenant, je dirai un mot ou deux de la troisième tentation, celle dont le prophète parle en ces termes : « Gardez-nous des activités se mouvant dans les ténèbres ». Ensuite, nous déjeunerons et nous laisserons la dernière tentation, c'est-à-dire « le démon de midi » pour cet après-midi. Ainsi, avec l'aide de Dieu, nous terminerons ces entretiens.

VINCENT : Que Dieu vous récompense, mon oncle, de vous être ainsi occupé de moi. Mais, je vous en prie, ne reculez pas trop l'heure de votre repas.

ANTOINE : Ne craignez rien, je vous promets que je ne serai pas long.

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

Le prophète dit dans le psaume déjà cité (Ps., 91) : « Celui qui vit dans l'espoir de recevoir l'aide de Dieu, vivra au ciel, sous la sauvegarde de Dieu. Et toi, qui es un de ceux-là, sa vérité t'enveloppera comme un bouclier et tu ne craindras pas les activités se mouvant dans les ténèbres. »

« Negotium », « trafic », est ici, mon cher neveu, le nom du démon qui toujours s'affaire à tenter les gens et à leur faire commettre le mal. C'est dans l'ombre qu'il préfère agir. En plus de la nuit noire, il y a deux moments de ténèbres : l'un avant l'aube, l'autre entre chien et loup. Pour l'âme d'un homme il en va de même. Le premier se situe avant que la lumière de la grâce l'éclaire complètement, le second quand la lumière de la grâce commence à le quitter. En ces deux moments d'obscurité, le démon appelé « trafic » s'évertue à entraîner avec lui des gens assez fous pour le suivre, et à son appel, ils s'activent comme des frelons. D'aucuns recherchent le plaisir dans la bonne chère, la boisson et autres excitations dégoûtantes. Il en incite certains autres à chercher sans arrêt les biens matériels. C'est à ceux-là que Notre-Seigneur s'adresse dans l'Évangile quand il dit : « Celui qui marche dans la nuit ne sait où il va » (Jn., 10, 11). Ils sont, en vérité, dans un tel état qu'ils ne savent pas où ils vont. Ils tournent en rond, comme en un labyrinthe. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 27 Aoû 2017, 00:50

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...)Quand ils se croient sur le point d'en sortir, ils sont simplement revenus à leur point de départ. Le service de la chair n'est-il pas une occupation à l'infini, qui recommence sans trêve ? Si rassasiés que soient ces gens en se couchant, il faut encore qu'ils mangent le lendemain matin. Ainsi en est-il du ventre et du bas-ventre. Quant au désir, il brûle comme le feu : plus on l'alimente, plus il est gourmand.

Mais ce labyrinthe a un centre d'attraction vers lequel ces gens affairés sont entraînés subitement au moment où ils pensaient en sortir. Ce centre, c'est l'enfer. C'est là que ces gens sont attirés, inconscients du lieu où ils vont. Parfois cela leur arrive quand ils croient avoir encore un long chemin devant eux. De ces gens vivant dans les plaisirs, l'Écriture dit : « Ils vivent dans les plaisirs et soudain ils sont précipités dans l'enfer » (Jb., 21, 13).

Voici ce que dit saint Paul de l'homme avide : « Ceux qui désirent s'enrichir tombent dans la tentation, dans le piège du démon, dans une foule de convoitises insensées et funestes qui les plongent dans la mort et la perdition » (Tm., 6, 9).

Ce labyrinthe tumultueux est le piège du démon, le lieu de perdition et de destruction dans lequel ils tombent avant d'en avoir conscience.

Notre-Seigneur parle dans l'Évangile d'un homme riche et cupide qui avait tant de grain qu'il ne savait où le loger. Il voulait faire agrandir ses greniers et se promettait des réjouissances de plusieurs jours en l'honneur de ces belles récoltes. Il pensait, voyez-vous, qu'il avait encore bien du temps devant lui. Mais Dieu lui dit : « Insensé, cette nuit ton âme te sera retirée, et tous les biens que tu as amassés, à qui appartiendront-ils ? » (Lc., 12, 16 sqq.). Voilà un homme qui est tombé soudain au centre de ce labyrinthe d'agitation et bien avant le moment qu'il avait lui-même prévu.

Bien sûr, ceux qui sont pris dans ce remous, ne considèrent pas leurs occupations comme une épreuve. Pourtant, beaucoup d'entre eux sont accablés, angoissés, leurs plaisirs sont si brefs, si rares et leurs tourments si grands, si fréquents, si importants... Cela me fait penser à un homme très honorable qui, voyant la peine que sa femme se donnait pour serrer ses cheveux de manière à bien dégager le front et pour se comprimer la taille de manière à l'avoir bien fine, tout cela la faisant bien souffrir, lui dit un jour « Vraiment, Madame, si Dieu ne vous accorde l'enfer, il vous fera tort, car vous y avez droit. Vous l'achetez très cher, et vous vous donnez grand mal pour l'obtenir. »

Ceux qui sont en enfer à cause de leur folie, comprennent désormais leur erreur, car ils se sont donné bien du mal pour un mince plaisir. Ils confessent maintenant leur démence et crient : « Notre force est épuisée à cause de notre péché » (Ps. 31, 11). Alors pourtant qu'ils étaient sur la voie de cette perdition ils ne voulaient prendre nul repos, mais continuaient à se dépenser malgré leur fatigue, et se donnaient toujours plus de mal, pour un plaisir infime, puéril, de brève durée et tôt oublié. C'est pour en arriver là à la peine éternelle qu'ils se sont donné tout ce mal ! Il me semble, Dieu me garde ! que bien des gens qui ont ici-bas acheté l'enfer en se donnant toute cette peine, auraient pu, en s'en donnant la moitié moins, gagner le paradis !

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 27 Aoû 2017, 22:24

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...)Pendant que ces gens, attachés aux biens matériels, vont et viennent dans ce labyrinthe où règne ce démon appelé « trafic », les esprits sont tellement ensorcelés qu'ils ne remarquent pas la terrible fatigue que ce démon leur fait endurer pour rien. Aussi ne prennent-ils pas cela pour une épreuve et ils n'ont nul besoin de réconfort. Ce n'est pas pour eux que je parle, bien que cela puisse leur servir à comprendre leur propre misère, à la lumière de la grâce de Dieu, qui éclaire de nouveau leurs âmes. Mais il est des gens très bons et très vertueux, qui sont éclairés par la grâce et que pourtant le démon attire perfidement vers les plaisirs de la chair. Ils voient s'offrir à eux des jouissances matérielles, ils sentent que c'est le démon qui les tente ainsi et sont gravement troublés. Ils commencent à craindre de n'être pas avec Dieu, dans la lumière, mais avec ce démon qu'on appelle negotium perambulans in tenebris c'est-à-dire « trafic se mouvant dans les ténèbres ».

Pourtant je répète, au sujet de ceux qui craignent le péché de la chair, ce que j'ai dit de ces gens riches et puissants qui par vertu craignent le péché d'orgueil : qu'ils modèrent leur crainte car, en la mettant trop en évidence, ils risquent de s'enorgueillir d'eux-mêmes et de tomber ainsi dans ce péché qu'ils veulent éviter. Ils subissent des tentations sans y céder, il est dès lors superflu et pas toujours sans danger de se troubler cruellement l'esprit avec la crainte de perdre la faveur de Dieu. J'ai déjà dit le mal que cette phobie risque de causer : elle fait perdre de vue la confiance que nous devons toujours garder en l'aide de Dieu. Or, aussi longtemps qu'on ne succombe pas à ces tentations, si on a le courage d'en éviter autant que possible tous les risques, la lutte qu'on mène contre elles est un sujet de mérite.

Ceci se comprend plus aisément pour tout ce qui concerne les tentations de la chair que pour tout ce qui relève de la cupidité. Les gens vertueux, se souvenant des menaces que Dieu a proférées contre les riches, s'effraient en se voyant entourés de richesses. C'est ainsi que saint Paul dit : « Ceux qui veulent amasser des richesses tombent dans la tentation et dans les pièges du démon » (1 Tm., 6, 9). Et Notre-Seigneur dit lui-même : « Il est plus facile pour un chameau (ou comme certains le prétendent, pour un gros câble, c'est le sens de camelus dans la langue grecque) de passer par le trou d'une aiguille que pour un riche d'entrer dans le royaume des cieux » (Lc., 18, 25 ; Mc., 10, 25).

Rien d'étonnant, dès lors, si des gens vertueux et craignant Dieu prennent peur à des paroles aussi terribles, quand ils voient pleuvoir en abondance autour d'eux les biens de ce monde. Quelques-uns se demandent s'ils ont le droit d'en garder pour eux. Mais dans tous les passages de l'Écriture où on menace les riches de la damnation éternelle, ce qu'on leur reproche, ce n'est pas de posséder des biens matériels mais de trouver du plaisir à les posséder. Car lorsque saint Paul dit : « Ceux qui veulent posséder des richesses... » il ne parle pas de la possession elle-même, mais du désir de posséder, du plaisir qu'on y trouve. C'est cela qui ne peut aller sans pécher. Quand on désire une chose aussi fortement, on se laisse aller à bien des faux-fuyants, à bien des ruses, et on se fait tort à soi-même.

Voici des paroles du prophète qui montrent que ce n'est pas la possession qui est défendue mais le fait de s'y attacher trop : « Quand vos richesses s'accroissent, n'y attachez pas votre cur » (Ps., 62, 4).(...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 28 Aoû 2017, 22:56

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...) Et, bien que Notre-Seigneur, par l'exemple du chameau (ou du câble), ait montré qu'il est non seulement difficile, mais impossible à un riche d'entrer dans le royaume des cieux, il assure pourtant que, si c'est impossible pour des hommes, ce ne l'est pas pour Dieu, car « pour Dieu, tout est possible » (Mt., 19, 26 ; Mc., 10, 27). Mais, d'autre part, il décrit le genre de riches qui ne peuvent aller dans le royaume des cieux, disant : « Mes enfants, comme il est difficile à ceux qui s'attachent à l'argent d'entrer dans le royaume de Dieu ! » (Mc., 19, 24).

VINCENT : C'est très vrai, mon oncle. À Dieu ne plaise qu'il en fût autrement, car si tout riche courait un tel danger, le monde serait dans un bien triste état !

ANTOINE : Effectivement, mon cher neveu, je crains qu'il ne soit dans un triste état, car bien peu de gens ne désirent pas être riches, et, parmi ceux qui subissent l'attrait des richesses, il y en a bien peu qui ne s'y attachent passionnément.

VINCENT : Je crains bien que vous n'ayez raison, mon oncle. Mais ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Voici ce que je désirais vous dire. Je ne puis comprendre (le monde étant ce qu'il est et si rempli de gens pauvres), je ne puis comprendre comment un riche peut rester riche sans danger de se damner.

Il a tout le temps sous les yeux des pauvres, à qui il manque ce que lui pourrait leur donner. Or, il est tenu de soulager leur misère, puisqu'il le peut. Saint Ambroise va même jusqu'à dire que laisser mourir quelqu'un sans le secourir équivaut à l'avoir tué. Je ne puis m'empêcher de voir que tout homme riche doit craindre très fort d'être damné, je ne vois pas comment il peut être sauvé aussi longtemps qu'il conserve ses biens. Il pourrait le faire s'il n'y avait des pauvres, il conserverait la faveur de Dieu, comme Abraham, et beaucoup d'autres riches qui dans la suite ont été des hommes vertueux, mais étant donné la grande quantité de pauvres qu'on trouve dans tous les pays, un homme qui garde par devers lui quelque bien doit nécessairement s'attacher beaucoup à la richesse, puisqu'il ne donne pas ses biens aux pauvres comme la charité lui en fait un devoir.

Il me semble, mon oncle, que vos paroles de réconfort s'adressant aux riches qui se font des scrupules et craignent la damnation, ne peuvent guère être utiles.

ANTOINE : Il est souvent difficile, mon cher neveu, de juger une chose sans tenir compte des circonstances. Saint Augustin raconte l'histoire d'un médecin qui administra à un malade un certain médicament qui le soulagea. Le même malade, atteint une seconde fois de la même maladie, reprit lui-même de ce médicament sans l'avis du docteur. Cette fois, le médicament lui fit plus de mal que de bien. Il le raconta au médecin et lui demanda comment c'était possible. « Ce médicament, répliqua le praticien, ne te fit aucun bien, parce que tu le pris sans que je te l'ordonnasse ! » Saint Augustin approuve cette réponse car, si le remède était pareil, la maladie, elle, pouvait présenter des aspects différents de la première fois sans que le malade en fût conscient. Bien des facteurs pouvaient intervenir que le docteur eût perçus et en raison desquels il n'eût pas donné le même médicament que la première fois.

Et ce qui concerne ce démon nommé « trafic », il serait vraiment long de passer en revue les circonstances qui devraient être examinées et pesées. Mais je parlerai un peu de ce que vous avez demandé, ensuite nous irons dîner. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 29 Aoû 2017, 22:51

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...)Je vous dirai d'abord, mon cher neveu, que le riche qui conserve ses biens a, je pense, sujet d'être effrayé. Pourtant, ce sont ceux-là qui craignent le moins. Ils sont loin d'être des hommes de bien, puisqu'ils gardent tout. Ils sont loin de la charité et sont peu généreux ; le plus souvent même ils ne le sont pas du tout. Mais votre propos n'est pas de délibérer sur le cas du riche avare qui garde tous ses biens mais de savoir si nous devons souffrir que d'autres, plus scrupuleux, aient peur de la damnation (cette peur elle-même étant dangereuse) parce qu'ils conservent une grande part de leurs biens. Car, si ce qu'ils gardent les met dans un état de damnation, alors les prêtres doivent les avertir comme Dieu le leur a ordonné par la bouche d'Ezéchiel : « Si, quand je dis au méchant : « Tu vas mourir », tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir le méchant d'abandonner sa conduite mauvaise afin qu'il vive, lui mourra, mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang » (Ez., 3, 18).

Mais, mon cher neveu, si Dieu a invité tous les hommes à le suivre dans la pauvreté, s'il a recommandé de tout abandonner pour l'amour de lui, car c'est par le détachement des biens de ce monde qu'on peut le plus rapidement atteindre la perfection spirituelle, la soif des choses célestes, il n'ordonne cependant pas cette pauvreté, ce détachement ; il ne menace pas de la damnation ceux qui ne le suivraient pas sur cette voie. Car s'il dit : « Celui qui n'abandonne pas tout ce qu'il a, ne peut être mon disciple » (Mt., 19, 29 ; Mc., 10, 29 ; Lc., 18, 29), il avait, un peu avant, expliqué sa pensée en disant : « Celui qui vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses frères, ses surs et même sa propre vie ne peut être mon disciple » (Lc., 14, 26 ; Mt., 10, 37 ; 19, 29).

Ici, Notre-Seigneur nous signifie que personne ne peut être son disciple à moins de l'aimer, lui, beaucoup plus que sa propre famille et par-dessus sa propre vie. Plutôt que de l'abandonner, lui, il faut les laisser tous. Donc, ne peut être le disciple du Christ quiconque refuse de se détacher de tout ce à quoi il tient plutôt que de déplaire mortellement à Dieu en s'efforçant de s'en conserver une parcelle. Le Christ nous enseigne d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et celui qui garde quelque chose pour soi montre qu'il n'aime pas Dieu, puisqu'il préfère cette chose à Dieu, puisqu'il préfère perdre Dieu que de perdre cela. Mais, comme je l'ai dit, je ne vois nulle part de commandement ordonnant de tout quitter, ni qu'il soit interdit à tout le monde d'être riche, ou de posséder des biens.

« Il y a, dit Notre-Seigneur, plusieurs demeures dans la maison du Père » (Jn., 14, 12). Heureux celui qui pourra habiter même la moindre. Il semble bien, d'après l'Évangile, que ceux qui souffrent patiemment la disette ne seront pas seulement au-dessus de ceux qui, ici-bas, vivent dans l'abondance, mais aussi que le ciel, de quelque manière, leur appartient plus et qu'il est préparé pour eux plus spécialement que pour les riches. Car Dieu conseille en quelque sorte aux riches de s'acheter le ciel quand il leur dit : « Faites-vous des amis avec la richesse malhonnête, afin qu'au jour où elle viendra à manquer, ces amis vous accueillent dans les tentes éternelles » (Lc., 16, 19).

Pourtant, en ce qui concerne la fortune et la pauvreté, si un riche et un pauvre sont tous deux des êtres bons, il se peut que le riche surpasse le pauvre de quelque manière et qu'au ciel il soit mieux considéré que lui. Abraham et Lazare en sont la preuve. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 31 Aoû 2017, 00:32

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...) Je ne dis pas ceci pour encourager les riches à amasser des richesses ; ils n'ont guère besoin d'y être encouragés. Mais je parle pour les hommes vertueux, à qui Dieu donne de la fortune et l'esprit d'en bien disposer, sans toutefois leur inspirer de distribuer sur-le-champ tous leurs biens ; au contraire, pour dès raisons sérieuses, il les invite à en garder quelque portion. Qu'ils ne désespèrent pas de la faveur de Dieu s'ils ne se dépouillent pas de leurs biens, Dieu le recommande, il ne l'a pas ordonné, il ne les oblige à le faire par aucun commandement.

Voyez Zachée qui grimpa dans un arbre, tant il désirait voir Notre-Seigneur : le Christ l'appela à haute voix et lui dit : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui m'arrêter dans ta maison » (Lc., 19, sqq). Il se réjouit et fut touché d'une grâce spéciale. La foule murmura parce que le Christ parlait familièrement à cet homme, les gens étaient choqués de son offre de se rendre chez lui, car Zachée était le chef des publicains, qui étaient collecteurs d'impôts pour le compte de l'empereur, et qui avaient la réputation d'être malhonnêtes ; or, Zachée n'était pas seulement le chef de la compagnie ; il était aussi très riche ; et, à cause de cela, les gens le considéraient comme un pécheur, comme un homme très méchant. Mais Zachée eut tôt fait de leur prouver combien cette opinion qu'ils se faisaient de lui était téméraire et sans fondement. La foule ne pouvait pas voir le fond de son âme, elle ne pouvait voir le changement opéré en lui par ces mots que Notre-Seigneur lui adressa. Quel qu'il ait été auparavant, à ce moment, il devint bon. Il se dépêcha de descendre de son arbre et accueillit le Christ joyeusement en disant : « Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres et, si j'ai fait tort à quelqu'un, je lui rendrai le quadruple. »

VINCENT : C'était fort bien dit, pourtant je me demande pourquoi Zachée employa ces mots dans cet ordre là. Il me semble qu'il aurait pu parler de restitution avant de parler de charité. Car la restitution est, vous le savez, un devoir, alors qu'on est libre de faire la charité ou de ne la point faire. Je m'étonne qu'il n'ait pas parlé d'abord de restituer à ceux qu'il avait lésés et ensuite de faire la charité avec ce qui lui restait, car cela seul était sa propriété.

ANTOINE : Votre remarque se justifie s'il s'agit d'un homme qui ne peut faire les deux. Mais celui qui le peut, n'est nullement obligé de laisser sans le secourir le pauvre qui l'appelle et de se mettre d'abord à la recherche de ses créanciers. Il est toujours bon de faire quelque bien tout de suite, quand nous y pensons ; la grâce ainsi fructifiera bien mieux en nous.

Voilà ce que j'aurais dit si l'homme avait donné la moitié de ses biens avant de parler de restitution. Mais Zachée a peut-être restitué d'abord ; peut-être n'est-ce qu'en paroles qu'il plaça la charité en premier, et encore mentionne-t-il les deux dans la même phrase. Mais dites-vous bien, mon cher neveu, que l'Esprit-Saint a guidé la langue de Zachée quand il prononça ces paroles si bien que la sentence du Sage se vérifie une fois de plus : « C'est à Dieu qu'il appartient de diriger la langue des mortels » (Pr., 20, 24). En effet, quand Zachée a dit premièrement qu'il donnerait la moitié de ses biens aux pauvres et puis que, non seulement il dédommagerait tous ceux qu'il avait lésés, mais qu'en plus, il leur donnerait trois fois autant, il a bien montré que les soupçons de la foule n'étaient pas fondés. Les gens le considéraient comme si mauvais qu'ils croyaient tous ses biens mal acquis parce qu'il s'était enrichi dans une profession où s'exerçait couramment la malhonnêteté. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 01 Sep 2017, 01:12

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...)  Mais on vit bien le contraire lorsqu'il déclara que même quand il aurait donné la moitié de ses biens il pourrait dédommager ses créanciers sans pour cela devenir un mendiant. Plût à Dieu, mon cher neveu, que chaque riche chrétien qui a la réputation d'être honorable fût capable de se comporter comme promit de le faire le petit Zachée, ce publicain, c'est-à-dire avec moins de la moitié de ses biens dédommager au quadruple ceux qu'il avait lésés !

Je vous assure que les créditeurs seraient contents et pardonneraient même s'ils étaient simplement remboursés. Or c'était un des points sur lesquels l'ancienne loi différait de l'enseignement du Christ. Les chrétiens, en effet, ne doivent pas exiger qu'on leur rembourse jusqu'au dernier sou, ils doivent savoir remettre.    

Mais revenons à Zachée. Il ne promit ni d'abandonner toute sa fortune, ni de se faire mendiant, ni de quitter son emploi. Il ne le remplissait pas de façon aussi pure que saint Jean-Baptiste l'avait enseigné aux publicains : « N'exigez rien au delà de ce qui vous est fixé » (Lc., 3, 12). Pourtant il a pu employer légalement son bien, qu'il avait l'intention de garder, et pouvait légalement remplir son métier, qui était de percevoir les impôts  selon les paroles du Christ : « Rendez à César ce qui est à César » (Mt., 22, 21 ; Mc., 12, 17 ; Lc., 20, 25)  et ne se livrer à aucune exaction, à aucune malhonnêteté. Notre-Seigneur, approuvant les bonnes intentions de Zachée, lui dit : « Aujourd'hui, cette maison a reçu le salut. Celui-ci aussi est un fils d'Abraham. »

Mais je n'oublie pas, mon cher neveu, ce que vous m'avez concédé : qu'un homme peut être riche sans être pour cela privé de la grâce ni se voir retirer la faveur de Dieu. Mais en somme, vous ne me faites cette concession qu'à condition de rester dans le vague, mais maintenant, en ce cas précis, vous estimez qu'un riche ne peut en conscience garder ses richesses alors qu'autour de lui, il y a des pauvres.    

Vraiment, mon cher neveu, si vous avez raison, j'ose affirmer que le monde ne fut jamais si prospère qu'un riche pût garder quelque bien sans danger d'être damné. Le Christ nous l'a du reste affirmé « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, à qui vous pourrez faire du bien » Mt., 26, 11 ; Mc., 14, 7 ; Jn., 12, 8 Si vous aviez raison, à aucun moment, à aucun endroit un homme ne pourrait être riche sans courir le risque de la damnation éternelle, à cause de ses seules richesses et quels que soient ses mérites.

Mais, mon cher neveu, il faut des riches. Autrement, pardi, il y aurait encore plus de mendiants et personne ne pourrait plus secourir personne. Écoutez bien ceci, cela me paraît être un argument très sûr : si tout l'argent du pays était rassemblé en un tas et divisé en parts égales, demain, ce serait pire encore, car, quand tout aurait été divisé également entre tout le monde, les plus riches ne seraient guère mieux que ne sont actuellement les gueux, et ceux qui étaient des mendiants avant, ne seraient pas devenus beaucoup plus riches. Mais beaucoup de riches dont la fortune ne consistait qu'en biens meubles seraient délivrés de la richesse peut-être pour toute leur vie !

Vous savez très bien, mon cher neveu, que les hommes ne peuvent pas vivre si on ne leur procure un moyen d'existence. Chacun ne peut posséder un navire, un marchand doit avoir des stocks, chacun ne peut avoir une charrue. Et qui ferait vivre le tailleur si personne ne pouvait s'offrir un habit ? Qui voudrait se faire maçon ou charpentier, si personne ne pouvait bâtir une église ou une maison ? Qui ferait tourner les métiers à tisser s'il n'y avait plus de gens aisés ?  (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 01 Sep 2017, 22:22

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...) Pour un homme qui n'a pas deux ducats dans sa maison, mieux vaut encore les perdre que de voir le riche qui l'emploie perdre la moitié de son bien, car alors le pauvre perdrait son travail. C'est l'argent du riche qui est le moyen d'existence du pauvre. On pourrait rappeler, à propos du pauvre, une fable d'Esope. Une femme avait une poule qui pondait chaque jour un uf d'or. Un jour, elle voulut avoir beaucoup de ces ufs en une seule fois. Alors, elle tua la poule. Mais dans le ventre de la poule elle ne trouva qu'un ou deux ufs et ce fut la fin de sa fortune.

Maintenant, mon cher neveu, revenons-en à votre question : « Comment un homme peut-il garder par devers lui des richesses quand il voit autour de lui tant de pauvres à qui il pourrait les distribuer ? » Eh bien ! en conscience, s'il doit donner le plus possible, il ne pourrait cependant donner à tous. Tout homme riche sait que toute misère qu'il voit lui est spécialement confiée par un ordre de Notre-Seigneur : « Donne à celui qui te demande » (Mt., 5, 42 ; Lc., 6, 30). Il doit donc donner à tout mendiant qui lui demande, aussi longtemps qu'il lui restera un sou en poche. Mais, mon cher neveu, cette parole a besoin d'être interprétée. Écoutons saint Augustin : « Si le Christ dit : Donne à tous ceux qui demandent, il ne dit pourtant pas : Donne-leur autant qu'ils demandent » Il me paraît tout aussi évident que si je me sentais obligé de donner à tous sans exception, il ne me resterait plus rien pour moi.

Notre-Seigneur, à ce passage du sixième chapitre de saint Luc, parle à la fois du mépris que nous devrions avoir au cur pour tous les biens de la terre et aussi de la manière dont il faut en user avec les ennemis. C'est là qu'il nous ordonne d'aimer nos ennemis, de bénir ceux qui nous maudissent, de ne pas nous contenter de supporter patiemment le mal qu'on nous fait (que ce soit à notre corps ou à notre fortune), mais aussi d'être prêts à subir le double et même de rendre le bien pour le mal. Et parmi ces choses, il nous ordonne de donner à tous ceux qui demandent, ce qui signifie que, quand nous pouvons faire du bien, nous ne devons pas refuser, quel que soit celui qui demande, même si c'est notre ennemi mortel, si nous voyons que sans notre secours il est en danger de périr. C'est pourquoi saint Paul dit : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger » (Rm., 12, 20). (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 03 Sep 2017, 01:11

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...) Mais, bien que je sois obligé de donner à chaque homme en considération de son genre de besoin, qu'il soit ami ou ennemi, chrétien ou païen, je ne suis pourtant pas lié pareillement à chacun, ni tenu de considérer chaque cas de la même façon, mais comme j'ai commencé à vous l'expliquer, les circonstances sont très importantes en cette matière.

Saint Paul dit : « Celui qui n'a pas soin des siens est pire qu'un infidèle » (1 Tm., 5, 8 Les siens, les nôtres, cela signifie ceux qui sont à notre charge, soit par la nature, soit par la loi, ou encore par un commandement de Dieu ; par la nature, ce sont nos enfants ; par la loi, nos domestiques. Les deux ne sont pas nôtres de la même façon, mais je pense que si nos serviteurs sont dans le besoin, nous devons veiller à leur bien-être, à ce qu'ils ne manquent pas du nécessaire. S'ils tombent malades pendant qu'ils sont à notre service, nous ne pouvons pas les renvoyer, même s'ils sont incapables de faire leur travail. Ce serait inhumain. Supposons même qu'un homme, un simple passant qui serait entré chez moi, tombe malade sous mon toit, je me sentirais obligé de le garder et de le prier de réparer ses forces, quoiqu'il m'en coûtât, plutôt que de le mettre à la porte dans cet état, au péril de sa vie. Car il est mon hôte et je reconnais en avoir la charge ; c'est Dieu qui l'a envoyé vers moi.

C'est par un commandement de Dieu que nos parents sont à notre charge, et c'est par la nature que nous sommes à la leur. Comme le dit saint Paul : « Ce n'est pas aux enfants à pourvoir aux besoins de leurs parents mais aux parents à pourvoir aux besoins de leurs enfants » (2 Co., 12, 19). Je veux dire par là qu'ils doivent leur donner une bonne éducation, un bon métier, qui leur permettra de vivre dans la vérité, et dans la grâce de Dieu, mais il ne s'agit pas pour les parents d'amasser pour leurs enfants de telle façon qu'ils se comportent mal envers Dieu.

Au contraire, si les parents voient que les enfants, à cause d'une vie trop facile, prennent de mauvaises habitudes, ils doivent se montrer beaucoup plus stricts. La nature n'a pas mis les parents à la charge des enfants, pourtant ce n'est pas seulement pour obéir à Dieu que les enfants doivent avoir envers leurs parents une attitude déférente, c'est la nature elle-même qui les y oblige, comme elle les oblige à les soutenir dans leurs besoins.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 03 Sep 2017, 20:38

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...) Mais les besoins de mon père peuvent être minimes et ceux d'un autre homme si grands et si pressants que Dieu et la nature exigent que devant l'inégalité de ces besoins je me porte au secours du plus malheureux et soulage d'abord le besoin urgent, oui, même s'il s'agit de mon ennemi, même si c'est un ennemi de Dieu, un Turc ou un Sarrasin.

Mais maintenant, cher neveu, en dehors de cette extrême nécessité connue de moi, je ne suis pas obligé de donner à chaque mendiant qui me demandera, ni de croire chaque imposteur que je rencontrerai dans la rue et qui se prétendra très malade, ni de croire que tous les pauvres gens sont confiés à ma seule charge et que personne ne leur donnera rien avant que moi je leur aie donné tout. Je ne suis pas tenu d'avoir si mauvaise opinion des autres et de croire que si je n'aide pas moi-même les pauvres tout de suite, ils manqueront de tout, comme si j'étais seul à pouvoir faire la charité.

VINCENT : Alors, mon oncle, bien des gens seront peut-être tout contents, dans de tels cas, d'attribuer à leurs voisins des intentions bonnes et, de cette façon, de se sentir libérés de l'obligation de donner quoi que ce soit.

ANTOINE : C'est vrai, mon cher neveu, certains seront heureux de le penser ou de faire comme s'ils le pensaient. Mais ceux qui sont heureux de ne rien donner ne comptent pas, ils ne nous intéressent pas. Ce sont les gens vertueux qui nous intéressent, qui, en gardant leurs biens, ont grand' peur d'offenser Dieu. C'est pour tranquilliser leur conscience que je parle maintenant, je voudrais leur faire comprendre comment, tout en conservant leurs biens, ils peuvent rester en état de grâce.

Je vous dirai donc, cher neveu, qu'un homme riche qui se glorifie d'être riche, qui en tire vanité, qui méprise celui qui est moins riche que lui, celui-là est ridicule et en définitive, bien mauvais. Mais d'un autre côté, voici un homme (Dieu veuille qu'il y en ait beaucoup comme lui !) qui n'aime pas les richesses, mais, tout en en ayant abondamment, il n'y prend pas grand plaisir, il se comporte comme s'il n'en possédait pas. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 04 Sep 2017, 23:05

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...) Dans le privé, il vit dans l'abstinence, sans toutefois le faire ouvertement, afin de ne pas paraître hypocrite. Ainsi, il pourra protester, comme le fit la reine Esther, qu'il n'agit pas pour son plaisir mais avec bonne volonté, qu'il renoncerait volontiers à ces richesses, mais qu'il les conserve pour en faire profiter son entourage : cet argent l'aide à avoir une maison bien tenue, de façon chrétienne ; c'est grâce à cet argent qu'il peut donner du travail à d'autres qui, grâce à lui, gagnent mieux leur vie. Si un tel homme existe, il me semble que, tout en restant riche, il égale en mérites ceux qui abandonnent tout. Ce serait du moins ainsi, s'il n'y avait, attachés à l'abandon des richesses, des mérites plus agréables à Dieu, par exemple une plus grande ferveur, une vie spirituelle plus active, en raison du fait qu'on a abandonné tout intérêt pour les choses terrestres. C'est pour cette raison que la part de Marie-Madeleine était la meilleure, autrement le Christ l'aurait encouragée à aider sa sur Marthe à préparer le dîner plutôt que de rester assise à ne rien faire.

Maintenant, si celui qui possède des richesses n'a pas une conscience aussi parfaite, s'il préfère se mettre à l'abri du besoin, s'il n'est pas décidé à abandonner son plaisir aussi pleinement qu'une conscience chrétienne le demande, eh bien !, que voulez-vous, l'homme est tellement moins parfait que je ne souhaiterais, et peut-être que lui-même le souhaiterait ! Il est bien moins facile de l'être que de souhaiter l'être. Mais il n'est pas pour cela sur la voie de la damnation.

Il ne suffit pas non plus de tout quitter et d'entrer en religion pour être instantanément délivré de toute attache terrestre. Bien des moines qui avaient spontanément abandonné leur position honorable ont dû, par la suite, lutter contre le désir d'obtenir, dans leur couvent, la position de sacristain ou même celle de cellérier, pour détenir une parcelle de pouvoir, ne fût-ce que sur les estomacs. Mais Dieu est indulgent pour les imperfections humaines, si toutefois l'homme reconnaît ses défauts et travaille à s'en corriger progressivement. Il ne rejettera pas celui qui a tendance à se satisfaire. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 06 Sep 2017, 01:05

XVII. DU DÉMON APPELÉ NEGOTIUM, OU TRAFIC SE MOUVANT DANS LES TÉNÈBRES

(...) Pour en finir avec ce démon que le prophète appelle « trafic se mouvant dans les ténèbres », je vous dirai, mon cher neveu, que si un homme désire servir Dieu et lui plaire, s'il préfère perdre ses biens plutôt que de déplaire à Dieu, s'il est prêt à tout abandonner au cas où Dieu le lui ordonnerait, s'il est prêt à supporter patiemment de voir Dieu lui retirer tout, s'il s'efforce d'employer ses biens comme il plaît à Dieu, s'il essaie de s'informer pour savoir comment en user pour plaire à Dieu, s'il écoute de temps en temps les conseils d'hommes vertueux, eh bien ! même si cet homme n'abandonne pas tous ses biens, même s'il ne donne pas à tous ceux qui lui demandent, même si, dans son entourage, on pense que la charité qu'il fait est beaucoup trop peu, pourtant, malgré tout, cet homme peut espérer en l'aide de Dieu. La vérité de Dieu l'entourera comme un bouclier (Ps., 91), il n'aura plus à craindre les pièges et les tentations du démon que le prophète appelle « trafic se mouvant dans les ténèbres ». Malgré toutes ses richesses, il évitera les pièges et les tentations, si bien que, par la grâce du Dieu tout-puissant, il finira bien par aller en paradis.

Je pensais, mon cher neveu, qu'après ce discours je commanderais mon déjeuner, mais voyez : je n'aurai même pas à le faire, car voici qu'on me l'apporte déjà.

VINCENT : Vraiment, mon oncle, il semble que Dieu dirige lui-même votre emploi du temps !

ANTOINE : Mon cher neveu, nous allons dire le bénédicité et, pendant un moment, nous interromprons notre conversation pour savourer notre repas. Ensuite, vous connaissez mon habitude, je ne vous dirai pas adieu, je disparaîtrai pour dormir. Mais vous savez que je ne dors jamais longtemps dans l'après-midi. Après quoi, nous achèverons notre conversation à loisir.

VINCENT : Je vous en prie, mon oncle, reposez-vous comme vous en avez l'habitude, sans vous inquiéter de moi. Je profiterai de ce moment pour faire une course.

ANTOINE : VOUS ferez comme il vous plaira. Mais, je vous en prie, ne restez pas trop longtemps parti.

VINCENT : Soyez sans crainte, mon oncle, j'ai trop envie de connaître la dernière partie. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 07 Sep 2017, 09:25

LIVRE III DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

VINCENT : J'ai quelque peu tardé, mon oncle, parce que je craignais de vous importuner par une visite trop matinale, mais surtout je fus retardé par quelqu'un qui m'a montré une lettre datée de Constantinople. Par cette lettre, il apparaît que le Grand Turc prépare une armée d'une très grande puissance. Contre qui veut-il la lancer ? Personne n'en sait rien. Mais je crains bien que ce ne soit contre nous. Pourtant, notre informateur dit que le bruit court sous le manteau, à Constantinople, que cette armée doit embarquer en direction de Naples ou de la Sicile.

ANTOINE : Cher neveu, une lettre d'un Vénitien, datée de Constantinople peut très bien avoir été rédigée à Venise. Il arrive des missives de Venise ou de Rome, ou d'ailleurs encore, qui toutes annoncent que les Turcs sont sur le point d'attaquer. En réalité ceux qui répandent de telles nouvelles ne poursuivent d'autre fin que d'avancer leurs propres affaires.

D'autre part, le Grand Turc tient en réserve une telle quantité de soldats qu'il est bien obligé de les faire changer de cantonnement, de les diviser, et de les regrouper différemment, de crainte qu'ils ne se connaissent trop bien entre eux ou n'imaginent quelque nouveauté. Ce lui est aussi un moyen de tromper ses adversaires, de les empêcher de se préparer à lui résister. Ceux-ci, en effet, lui voient un visage belliqueux alors qu'il n'a nulle intention de passer à l'offensive, si bien que lorsqu'il attaque effectivement, on ne le craint plus.

Il n'en est pas moins probable, cher neveu, qu'il se dirigera vers le royaume de Hongrie. Il n'y a, pour lui, dans toute la chrétienté, proie plus tentante ni plus facile. Et d'ailleurs, nous l'appelons parmi nous, comme les moutons d'Esope prièrent le loup de les garder des chiens.

VINCENT : Alors, cher oncle, nous devons nous attendre à subir toutes ces épreuves dont je vous ai parlé dans notre première conversation.

ANTOINE : Cela ne peut manquer d'arriver, cher neveu, mais pas tout de suite, car le Grand Turc nous envahira sous couleur de soutenir un parti contre l'autre. Il ne se découvrira que plus tard, quand l'occasion lui en sera fournie. Vous verrez que cette occasion il l'aura directement et sans laisser à l'adversaire le temps de se ressaisir.

VINCENT : Pourtant, cher oncle, on dit qu'il n'oblige personne à abandonner sa foi.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 08 Sep 2017, 00:15

LIVRE III DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

ANTOINE : Personne ? Cher Vincent, ceux qui vous ont informé de la sorte, en disent plus qu'ils n'en peuvent savoir. Le Grand Turc, au cours de la cérémonie de l'investissement, fait solennellement le serment d'affaiblir la chrétienté et de répandre la religion de Mahomet.

Pourtant, ce n'est pas sa manière d'obliger tous les habitants d'un pays à abjurer simultanément leur foi. Il lui est arrivé, dans certaines régions, de prélever un tribut annuel et de laisser les habitants vivre comme ils l'entendaient.

Dans d'autres, les Turcs emmènent toute la population et la dispersent dans des régions à eux et les gens sont ainsi réduits en esclavage, très loin de chez eux, sans espoir de retour. Dans les pays très peuplés, il détruit la noblesse et donne le pays en partie à ceux qu'il amène avec lui, en partie à ceux qui acceptent d'abjurer leur foi. Les autres, il les maintient dans une telle misère qu'il eût mieux valu pour eux qu'ils fussent morts au moment de l'invasion. Il ne tolère les chrétiens que s'ils se font marchands, ou s'ils l'aident dans ses guerres.

Dans les pays chrétiens qu'il ne traite pas en vassaux, comme Chypre, Chio et la Crète, mais qu'il considère comme une véritable conquête et occupe totalement comme la Morée, la Grèce, la Macédoine, et d'autres parmi lesquels se rangera, je le crains, la Hongrie, dans tous ces pays il traite les chrétiens de différentes façons.

On les laisse où ils sont, parce qu'ils seraient trop nombreux pour qu'on puisse les emmener tous, ou les tuer tous, à moins que les occupants ne veuillent dépeupler la région et y transplanter des populations turques. Ceux qui ne veulent pas abjurer la religion du Christ (que son nom soit béni et qu'il nous garde dans la foi !) le Turc les laisse vivre en paix.

Mais il ne s'agit pas d'une paix véritable. Il ne leur permet la possession d'aucune terre, ils ne peuvent avoir aucune charge honorable ; et, sous prétexte de guerres, ils sont écrasés d'impôts. On leur arrache leurs enfants et on en abuse.

Des jeunes filles on fait des prostituées, les garçons deviennent soldats, parfois on les fait châtrer, non pas par l'ablation partielle des organes génitaux, comme on le faisait dans l'antiquité, mais en les amputant totalement. Combien survivent, on ne s'en soucie nullement. Et tous ceux qui sont enlevés jeunes à leurs parents sont confiés à des Turcs ou à des renégats, si bien que tous renient la foi du Christ. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 09 Sep 2017, 00:45

LIVRE III DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

ANTOINE : (...) Il arrive aussi que les chrétiens soient traités de telle façon qu'ils ont en vérité une triste fin. Car, en plus des tracasseries que les chrétiens renégats infligent aux bons chrétiens qui persévèrent dans leur foi, ils trouvent moyen parfois de faire dire par des gens à leur solde que tel ou tel chrétien a prononcé des paroles injurieuses envers Mahomet. Ce faux témoignage sera pour eux l'occasion d'obliger ce chrétien à renier le Christ et à le forcer à embrasser leur honteuse religion, sans quoi ils le mettront à mort, dans de cruels tourments.

VINCENT : Que le Seigneur dans sa grande miséricorde nous garde de ces misérables ! Car, par ma foi, s'ils viennent par ici, il me semble à plus d'un signe que je vois des gens prêts à leur tomber dans les bras. Comme on voit avant l'orage, la mer s'agiter et mugir même avant que le vent s'élève, ainsi il me semble que j'entends autour de moi des gens qui, naguère encore, haïssaient le nom de Turc autant que le nom du diable, commencer à lui trouver bien peu de défauts et, même insensiblement, se mettre à le louer autant qu'ils le peuvent, et à critiquer la chrétienté à tous les échelons : les prêtres, les princes, les rites, les cérémonies, les sacrements, les lois, les coutumes spirituelles, temporelles et tout ce que fait l'Église.

ANTOINE : En vérité, mon cher neveu, c'est ainsi que nous nous comportons depuis peu. Les choses se sont gâtées dans ce pays depuis que la couronne a été mise en question. La Hongrie continuera à aller à vau-l'eau aussi longtemps que les gens se tourneront vers des idées de changement et de subversion. Je n'aime pas que leurs paroles les portent au-devant du Grand Turc, eux qui le haïssaient naguère, comme devrait le faire tout vrai chrétien.

On dit à Buda, (et je suis assez âgé pour vous affirmer que cela s'est vérifié) que lorsque les enfants se mettent à jouer à l'enterrement, à faire le simulacre de porter des corps à l'église et de chanter à leur façon enfantine un chant funèbre, on dit alors qu'un grand malheur est proche. Deux ou trois fois, je m'en souviens, des enfants se sont groupés et ont joué à se battre comme de véritables soldats ; et après ces batailles pour rire, assez violentes toutefois pour que des marmots y fussent blessés, de véritables guerres ont éclaté. Vous parliez tout à l'heure de la mer et des signes avant-coureurs de la tempête, on pourrait en rapprocher ces deux formes de présages dont le sens secret nous échappe.

Mais, par sainte Marie, mon neveu, je n'aime pas ces présages, je ne parle pas des jeux des enfants, mais des paroles répandues à si haute voix en faveur de Mahomet dans ce royaume de Hongrie, qui fut jusqu'à présent un bastion de la chrétienté. Je crains fort que les Turcs ne mettent que quelques années à conquérir le pays tout entier. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 10 Sep 2017, 00:35

LIVRE III DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

VINCENT : Mais j'ai foi en le Christ, mon cher oncle, Il ne souffrira pas que cette abominable secte de ses mortels ennemis l'emporte sur les pays chrétiens.

ANTOINE : Bien dit, mon cher neveu ! Mettons en lui notre espoir et nous serons assurés de ne pas être déçus, car nous obtiendrons de lui, soit ce que nous avions demandé, soit une chose meilleure. Car Dieu ne nous envoie pas toujours ce que nous espérions. Je vous l'avais déjà dit dans notre premier entretien ! sauf en ce qui concerne le ciel, notre prière ni notre espoir ne doivent être trop précis, même si nous demandons une grâce tout à fait légitime.

En vérité, si nous autres chrétiens étions tels que Dieu nous souhaite, je ne craindrais pas les préparatifs du Grand Turc, pas plus que je ne doute que, finalement, aussi bas que soit tombée la chrétienté, elle se relèvera quand le moment sera venu, proche du jour du jugement, qui, je le crois à certains signes, est encore assez éloigné. Mais peu avant ce moment, la chrétienté souffrira beaucoup et sera dans une situation difficile. C'est ce qui ressort des paroles du Christ « Quand le Fils de l'Homme viendra, (c'est-à-dire au jour du jugement), trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc., 18, 8 comme qui dirait : « II n'en trouvera guère ». Certains passages de l'Apocalypse et de l'Évangile font clairement ressortir qu'à ce moment, la foi sera tellement effacée que, pour l'amour de ses élus, de peur qu'ils ne périssent également, il hâtera son retour. Mais il me semble que je n'aperçois pas certains de ces signes qui, d'après l'Écriture, viendront un long moment avant, entre autres, le retour des Juifs en Palestine et l'expansion générale du christianisme. Ainsi, à mon avis, je ne doute pas que la chrétienté ne connaisse un renouveau, qu'elle ne s'étende et ne refleurisse. Les bons, les vrais chrétiens qui viendront quand nous serons morts auront à la fois le réconfort et le plaisir d'être récompensés de leur fidélité et celui de voit le châtiment des lâches, car Dieu fera de ces infidèles, qui sont ses ennemis déclarés, l'instrument du châtiment de ces mauvais chrétiens, qui sont ses faux amis.

Je vois par bien des signes que cette épreuve va nous arriver mais aucun de ces indices ne me paraît plus odieux que celui que vous venez de mentionner. Sans aucun doute, cette façon qu'ont les gens de parler en faveur du Grand Turc montre qu'ils s'attendent à le voir envahir le pays, mais aussi qu'ils acceptent de vivre sous son règne et, en plus, de renoncer à Jésus pour tomber dans l'abominable secte de Mahomet. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 10 Sep 2017, 22:13

LIVRE III DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

VINCENT : C'est vrai, mon oncle. Je circule plus que vous, j'en entends orcément plus que vous et, c'est pénible, je veux croire que dans d'autres parties du royaume on ne parle pas comme cela, mais, dans notre contrée, beaucoup de gens s'attendent à la guerre. Ils ont commencé par parler en plaisantant du jour où, moyennant une conversion à la foi des Turcs, ils se rendraient maîtres des personnes et des biens des vrais chrétiens. Peu après, ils ne plaisantaient plus qu'à moitié, et maintenant, par Notre-Dame, ils ne sont pas loin de parler tout à fait sérieusement.

ANTOINE : Je sors peu, mon neveu, j'entends pourtant à peu près les mêmes nouvelles. Mais puisqu'il n'y a personne à qui nous pouvons nous plaindre pour opérer un redressement, quel autre remède y a-t-il que la patience ? Lequel de ces deux grands qui sont en lutte va régner sur nous ? Chacun d'eux s'intitule : roi et tous deux mettent les gens à la peine. L'un des deux est, comme vous le savez, trop loin pour nous aider, et l'autre puisqu'il espère l'aide des Turcs, ne voudra pas ou n'osera pas lutter contre ceux qui se mettront avec les Turcs. Car il ne manque pas ici d'authentiques Turcs ; ils vivent parmi nous sous divers prétextes, et informent le Grand Turc de tout ce qui se passe dans ce pays.

Mon cher neveu, je conseille à chacun de prier et d'en appeler à Dieu pour qu'il étende sa main sur nous et nous préserve de cette calamité, mais j'avertis également tout bon chrétien qu'il doit s'attendre à ce malheur, que chacun, homme et femme, fasse ses comptes minutieusement et sache ce qu'avec l'aide de Dieu il devra faire si le pire arrivait.

I. IL FAUT S'AFFERMIR PAR DE BONNES RÉSOLUTIONS

VINCENT : Soyez béni, mon oncle, pour ce bon conseil. J'ai toutefois entendu un homme sage et cultivé, soutenir que ce serait folie, de prétendre prévoir notre comportement en de telles circonstances, que ce serait doubler le risque de succomber à la lâcheté. Celui qui prend de telles résolutions pourrait répondre lui-même qu'il est prêt à subir une mort cruelle plutôt tôt que d'abandonner sa foi, et ensuite choir dans le péché de saint Pierre, qui avait fait une promesse téméraire et est ensuite tombé si bas. Il se pourrait aussi que, sous-estimant son propre courage, on se dise incapable de souffrir et prêt à renier Dieu, ce qui serait pécher gravement et peut-être inutilement, car le danger ne se présentera peut-être pas. Il serait donc plus sage, comme le soutient cet homme, de ne jamais s'attarder à ces sortes de pensées. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 11 Sep 2017, 21:39

LIVRE III DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

ANTOINE : Je veux bien croire, mon cher neveu, que vous ayez entendu parler de la sorte. J'ai lu à peu près la même opinion, écrite de la main d'un savant docteur qui était par surcroît un homme très bon ; mais pourtant, même si je trouvais d'autres écrits semblables signés par des hommes tout aussi savants et bons, je ne craindrais pas de conseiller le contraire à mes amis.

Si saint Pierre a répondu au Christ qu'il préférait mourir plutôt que de l'abandonner, et s'est ainsi surestimé, je ne vois pourtant pas en quoi cela peut déplaire grandement à Dieu. Saint Pierre s'est vanté, mais là n'est pas son péché : son péché, c'est de n'avoir pas agi comme il avait dit qu'il le ferait. Celui qui actuellement formerait ce projet pourrait très bien ne pas courir le risque d'y manquer, puisqu'il n'y a même pas un chrétien sur dix mille qui sera placé devant le problème. Conserver toute la vie cette bonne résolution, ne me paraît pas plus néfaste que la promesse que se ferait un gueux de distribuer, si jamais il devenait riche, une grande partie de sa fortune aux uvres charitables. Le danger est plutôt que le chrétien se dise prêt à abandonner le Christ, au moins en surface, tout en se promettant de lui rester fidèle au fond, plutôt que de subir une mort cruelle. Cette pensée même est un péché mortel, et il ne l'aurait pas commis s'il ne s'était pas posé la question. Mais celui qui se fait à soi-même une telle réponse n'a qu'une foi faible et froide et cette question qu'il se pose à lui-même ou qu'un autre lui pose, lui permettra de se mieux connaître, lui fera toucher du doigt la nécessité de prier pour obtenir la grâce de se fortifier dans la foi.

D'ailleurs, conseiller à quelqu'un de ne jamais penser à cela me paraît aussi stupide que ce remède-ci contre les maux de dents : « Vous faites trois fois le tour d'un cimetière sans penser à un goupillon ». Donner à quelqu'un ce conseil, c'est lui mettre en tête l'image du goupillon et, dès lors, il lui devient à peu près impossible de s'en débarrasser.

Bien peu nombreux sont ceux à qui on ne posera pas la question de savoir s'ils sont prêts à mourir pour le Christ, et ceux à qui on la posera, seront bien obligés d'y réfléchir.

Enfin, le Christ a parlé souvent et clairement de ce devoir des chrétiens de confesser leur foi, même sous la menace de la mort : cela implique d'avoir toujours en tête l'idée que si le cas se présentait, nous serions prêts, avec l'aide de Dieu, à témoigner. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 12 Sep 2017, 23:24

LIVRE III  DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS  
 
ANTOINE : (...) Il me semble donc nécessaire que tous les chrétiens y pensent continuellement. S'il leur arrive de défaillir devant les tableaux que leur offre leur imagination, qu'ils se souviennent alors des souffrances que le Christ a subies pour eux et prient de tout leur cur que Dieu leur donne, si besoin est, la force de résister. Ainsi, par l'exercice de la méditation, ils persévéreront et se fortifieront dans l'idée de la résistance tout en se disant qu'il ne faut jamais être trop sûr de ne pas tomber.

Il me semble que tous les prêtres devraient parler de cette fermeté nécessaire à leurs paroissiens, tous les parents à leurs enfants, depuis le plus jeune âge, et les amener progressivement à méditer sur ce sujet. Alors Dieu, dans sa bonté, enverra le Saint-Esprit et les fortifiera, si bien que tous les démons de l'enfer ne pourront le chasser de leur coeur.    

VINCENT Par ma foi, mon oncle, voici qui est bien dit !    

ANTOINE : Je le dis comme je le pense. Bien des gens habitent des contrées où ils ne risquent pas d'être mis à l'épreuve, mais il y en a qui se croyaient en sécurité et qui soudain sont mis devant le problème, soit pour la Foi soit pour la Justice (qui vont presque de pair). Mais pour vous, pour moi, pour nos amis, la question n'est pas là : il est manifeste que nous subirons bientôt cette épreuve et que nous aurions dû nous y préparer depuis longtemps.    

VINCENT : Vous dites vrai, mon oncle, et je regrette que cela ne me soit pas venu plus tôt à l'esprit, mais mieux vaut tard que jamais et j'ai confiance que Dieu nous donnera du répit. Mais je vous en prie, mon cher oncle, continuez à me prodiguer vos bons conseils.    

ANTOINE : Bien volontiers, mon cher neveu ; il ne nous reste plus qu'à traiter de la quatrième tentation.  

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 13 Sep 2017, 22:25

II. DE LA QUATRIÈME TENTATION QUI EST LA TENTATION POUR LA FOI

La quatrième tentation dont parle le prophète dans le psaume déjà cité c'est la persécution claire et nette, c'est de cela qu'il traite par ces mots ab incursu et demonio meridiano.

De toutes les tentations, celle-ci est la plus dangereuse, la plus aiguë, la plus rigoureuse. Dans les autres tentations, le démon use de pièges attrayants, pour faire tomber le chrétien dans le péché, il se glisse dans l'obscurité, ou encore, il se déplace avec la rapidité d'une flèche, si bien que sa victime est trompée et ne s'aperçoit même pas de sa présence.

Mais dans cette tentation-ci, c'est-à-dire dans la persécution pour la foi, le Malin arrive au beau milieu du jour, c'est-à-dire, même sur ceux qui ont une foi très vive. Il lui est indifférent d'être distingué très nettement par ses haineuses persécutions contre les chrétiens, par sa haine de la vraie foi catholique et qu'aucun croyant ne puisse ignorer qui il est. Dans cette tentation, il se montre tel que le prophète l'appelle « le démon de midi », tant il est facile à un fidèle de l'apercevoir. C'est pour cela que le prophète parle du « bouclier » qui protégera le fidèle des attaques du démon de midi : cette sorte de tentation n'est pas une tentation par la ruse, c'est un assaut furieux. Dans la persécution que les Turcs ont déchaînée, le démon ne se fait pas renard, mais plutôt lion rugissant.

Dans les tentations de la prospérité, il n'emploie que des ruses séduisantes, dans celles de l'adversité, il n'emploie que la douleur et la peine pour amener sa victime à l'impatience et au blasphème, mais dans la persécution pour la foi, il emploie les deux méthodes c'est-à-dire qu'il présente des images de paix et de tranquillité et aussi des plaisirs qu'offre cette vie, et en même temps il terrifie par l'idée de douleurs intolérables.

Dans d'autres épreuves comme la maladie, la mort, la perte d'un être cher, le danger n'est jamais aussi grand. Dans les autres épreuves, le fait qu'on ne peut échapper à la peine incite à la patience, à remercier Dieu d'avoir envoyé cette épreuve, à se faire un mérite de la bien supporter et à espérer une récompense. Mais en ce qui concerne la persécution subie pour la foi je ne parle pas du combat sur le champ de bataille où fidèles et infidèles se dressent l'un contre l'autre de la même façon, mais bien du moment où le fidèle est pris et peut, s'il renie sa foi, être libéré et même garder la possession de ses biens dans ce cas, dis-je, puisqu'il ne souffrira que s'il le veut, il est en grand danger de tomber dans le péché que le démon voudrait lui faire commettre : c'est-à-dire renoncer à sa foi. C'est pourquoi, je le répète, de toutes les tentations du démon, la persécution pour la foi est la plus dangereuse

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 14 Sep 2017, 23:43

II. DE LA QUATRIÈME TENTATION QUI EST LA TENTATION POUR LA FOI

VINCENT : Plus la tentation est dangereuse, mon cher oncle, plus ceux qui sont en danger doivent être armés, préparés par de bons conseils. C'est ainsi que nous supporterons le mieux cette épreuve quand elle viendra, et que nous écarterons le mieux la tentation.

ANTOINE : Vous dites vrai, mon neveu, et je suis heureux de voir que nous sommes d'accord sur ce point.

Mais il me semble que vous avez plus peur que moi de cette épreuve et, en quelque manière, vous êtes excusable. Je suis plus âgé que vous et j'ai déjà enduré tant de souffrances ; ce sont ces souffrances qui vous donnent à penser que vous pourriez en subir autant. Je vous donnerai contre chaque souffrance un conseil, et je vous fournirai des arguments de réconfort autant que mon pauvre esprit pourra s'en remémorer.

VINCENT : En toute bonne foi, mon oncle, je ne suis pas seulement effrayé pour moi-même, mais j'ai de bonnes raisons de craindre pour d'autres, hommes et femmes de tout âge.

ANTOINE : J'ai peur pour les mêmes personnes que vous, puisque vos parents sont également les miens. Mais, dans tout ceci, il faut craindre à la fois pour soi-même et pour les autres. Il est dit dans l'Écriture que chacun doit avoir soin des siens (1 Tm., 5, 8 Or, dans un danger comme celui-ci, il faudrait n'avoir aucune étincelle d'amour chrétien pour ne pas s'inquiéter non seulement des siens, mais aussi de ses ennemis. Aussi, mon cher neveu, n'allons-nous pas penser aux malheurs particuliers qui pourraient nous arriver à vous ou à moi, mais bien aux malheurs en général qui pourraient atteindre n'importe qui.

III. DE LA QUATRIÈME TENTATION (SUITE)

Un homme est composé d'un corps et d'une âme. Toute douleur qu'il subit doit nécessairement porter sur l'un ou sur l'autre de ces éléments, soit directement, soit en atteignant ce qui sert au plaisir ou au bien-être de l'un des deux.

Voyons d'abord ce qui concerne l'âme. Aucun mal ne peut l'atteindre dans cette sorte d'épreuve à moins que, dans son attachement immodéré à la chair, elle ne renonce à la foi et ainsi se fasse tort.

Reste le corps, et ces choses extérieures qui servent à le maintenir et à lui procurer du plaisir ainsi qu'à l'âme pendant qu'elle lui est unie.

Pensez que la perte de ces choses est moins importante que celle du corps lui-même. Dites-moi, que peut-il perdre, en quoi peut-il souffrir ?
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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 15 Sep 2017, 21:00

III. DE LA QUATRIÈME TENTATION (SUITE)

VINCENT : Il peut perdre de l'argent, un bien meuble, une situation ou encore les terres qu'il a héritées et en priver ainsi lui-même et ses héritiers. Vous savez que comparativement à tel ou tel autre, je ne suis pas fort bien nanti, mais je le suis assez cependant pour que même un gros richard n'accepte pas de gaieté de cur la perspective de se voir dépouillé de biens aussi nombreux que ceux dont je suis pourvu.

C'est la pauvreté et la misère qui suivent la perte de ces biens, le dénuement, la mendicité. Ajoutez à cela la douleur de voir les bons, les fidèles, prisonniers d'une telle misère quand les infidèles, ces mortels ennemis, jouissent des commodités qu'on a perdues.

Pour le corps, je vois l'emprisonnement, une mort pénible et honteuse.

ANTOINE : Il n'en faut pas plus, mon cher neveu, étant donné ce qu'est le monde actuellement. Je crains bien que le quart suffirait à ébranler la foi de bien des chrétiens qui, faute d'avoir été mis à l'épreuve, se croient forts. Je supplie le Seigneur de les laisser dans cette pensée, et de ne pas les mettre à l'épreuve, comme saint Pierre.

Mais, mon cher neveu, comment nous y prendre pour préparer les gens à de telles horreurs ? Si la foi était encore ce qu'elle fut dans l'ancien temps, il suffirait de quelques conseils, de quelques paroles de réconfort. Nous ne serions pas tentés d'atténuer la peine par nos paroles, par nos raisonnements. Dans l'ancien temps, plus atroce était la douleur, plus fervente était la foi. Certes si un chrétien d'aujourd'hui éprouvait un désir aussi ardent que l'avaient ces martyrs de se trouver en présence de Dieu, il n'attacherait pas plus d'importance à la douleur corporelle, condition de cette faveur, que ne le faisaient les martyrs aux temps héroïques. Mais hélas ! si faible est devenue notre foi, si tiède notre amour de Dieu, si vif notre attachement à la chair que nous sommes peu désireux d'aller au ciel et nous avons peur de toute peine corporelle ; notre dévotion en est frappée à mort. C'est pour cela, mon cher neveu, que nous devons tous méditer ces pensées avant que le danger survienne, avant qu'il se précise. Alors la raison réfléchit plus sereinement, et la grâce engendre non pas un désir léger et passager de souffrir, pour l'amour de Dieu, mais une constance ferme et stable, comparable non à un roseau toujours prêt à plier, à un buisson sans racines, qui sera renversé par le premier souffle du vent, mais à un chêne robuste et solidement enraciné. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 17 Sep 2017, 01:36

IV. LES ARMES DU DÉMON DE MIDI

Examinons, mon cher neveu, ces terreurs dont vous m'avez parlé, et qui sont les armes du démon de midi dans les persécutions des Turcs. Vous verrez qu'elles ne sont en réalité pas aussi épouvantables qu'elles le paraissent à première vue.

V. LA PERTE DES BIENS MATÉRIELS

Commençons par ce qu'on appelle la fortune, les biens, les honneurs qui ne font partie intégrante ni de l'âme ni du corps.

Que peut-il y avoir en eux de si précieux pour qu'ils portent le nom de « biens de ce monde » ? Un homme qui possède la force est fort, un homme qui a la vertu est vertueux, mais un homme qui possède beaucoup de « biens » n'est pas pour cela un homme de bien. Le plus souvent même, c'est le contraire. Pourquoi se réjouir de posséder ce qui se trouve à profusion dans les mains des plus mauvais ? Le Grand Turc et ses pachas ne surpassent-ils pas sur ce chapitre les seigneurs chrétiens ? Il y a une vingtaine d'années, le sultan de Syrie, qui menait aussi grand train que le Grand Turc, perdit tout son empire en un seul été : il fut envahi par les Turcs. Puisse son empire à lui être envahi par les chrétiens quand ceux-ci retrouveront la faveur de Dieu.

Puisque des royaumes entiers, de puissants empires sont si peu stables, qu'est-ce qu'un homme comme vous et moi, comme le plus puissant seigneur de ce pays, peut espérer de la possession d'un tas d'argent ou d'or ? Ce ne sont là que métaux blanc ou jaune, qui ne donnent rien par eux-mêmes si ce n'est de jolis reflets comme le fait aussi le fer.

VI. DU PEU DE SÉCURITÉ QU'OFFRE LA POSSESSION DES TERRES ET DES BÂTIMENTS

On a souvent plus de considération pour les terres que pour l'argent ou la vaisselle plate. La terre paraît plus sûre. L'argent peut être volé tandis que la terre restera toujours où elle est. Mais est-ce vraiment un avantage, puisque nous-mêmes pouvons être forcés de la quitter ? Quelle grande différence cela fait-il que nous possédions des biens meubles ou immeubles, puisque nous-mêmes sommes si mobiles et que nous pouvons perdre les deux ? Parfois, cependant, l'argent est un placement plus sûr. Car lorsque nous voulons fuir, nous pouvons emporter de l'argent mais pas un pouce de terre.

Si la terre est plus sûre que l'argent, comment se fait-il que, dans cette persécution, nous ayons si peur de la perdre ? Dans la chute de ces deux grands empires, la Grèce, avant votre naissance, et la Syrie après, c'est la terre qu'on perdit en premier. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 17 Sep 2017, 22:37

VI. DU PEU DE SÉCURITÉ QU'OFFRE LA POSSESSION DES TERRES ET DES BÂTIMENTS

(...) Oh ! cher neveu, si le monde que nous habitons était mû par un esprit raisonnable, comme le pensait Platon, s'il avait la faculté de tout comprendre, le sol où le prince bâtit son palais rirait de mépris en le voyant si fier de sa propriété, en l'entendant se vanter que lui et ses descendants seront pour toujours ses possesseurs. Cette terre penserait en elle-même : « Pauvre sot ! Tu te crois un demi-dieu, tu n'es, dans toute ta gloire, qu'un homme richement vêtu ; et moi qui ne suis qu'une terre, j'ai eu des centaines de possesseurs, plus que tu ne t'imagines. Certains d'entre eux, qui me foulaient fièrement aux pieds, sont maintenant dans mes entrailles. Et, dans l'avenir, beaucoup d'autres encore s'intituleront mes propriétaires, et ce ne seront pas tes descendants et ils ne porteront pas ton nom. »

Cher neveu, qui était le propriétaire de votre domaine, il y a trois mille ans ?

VINCENT : Trois mille ans, mon oncle ! Il faudrait diviser par trois et même le reste par deux. Dans bien moins de trois mille ans, les descendants d'un laboureur pourraient s'élever jusqu'à la royauté, et ceux du roi être abaissés jusqu'à la charrue. Et le roi ne saura pas que son ancêtre était laboureur, ni le laboureur qu'il descend d'un roi.

ANTOINE : On trouve dans des histoires anciennes des changements aussi étranges survenus en très peu d'années. Faut-il, dès lors, accorder une telle importance à ces choses qui offrent si peu de sécurité ?

VINCENT : Mais, mon oncle, moins nous sommes sûrs de les garder, plus nous sommes désolés de nous en séparer, car elles offrent bien des commodités.

ANTOINE : Cet argument, mon neveu, je le tournerai contre vous. Car s'il en est comme vous dites, si, moins on est sûr de conserver une chose, plus on craint de la perdre, on peut dire aussi que, plus une chose donne de sujet de crainte, moins on a de raison de s'y attacher, et par conséquent, moins on devrait craindre de la perdre.

VII. DEUX FAÇONS DE CONSIDÉRER LES RICHESSES

Dans ces biens, savoir : les richesses, la bonne réputation, l'autorité, nous distinguerons entre ce qu'ils nous apportent dans cette vie, et l'usage que nous en faisons ici-bas pour mériter une récompense dans l'autre vie.

Voyons d'abord ce qu'ils nous apportent dans cette vie.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 19 Sep 2017, 01:14

VIII. LA FORTUNE NE NOUS APPORTE QUE PEU DE COMMODITÉS, ET DANS CETTE VIE SEULEMENT

Si nous y réfléchissons, nous verrons que le bien-être que nous apporte la fortune n'est pas aussi grand que notre folle imagination nous le fait croire. Sans doute un costume de soie nous rend plus agréables à voir, plus élégants, mais la laine est plus chaude ! Une vie de luxe nous permet de manger des mets délicats, des nourritures plus abondantes, mais un régime plus sobre nous causerait moins d'indigestions et serait plus sain. Le mal que nous nous donnons pour acquérir des richesses, la crainte de ne pas les conserver, la douleur que nous éprouvons à nous en séparer, font plus que contrebalancer le plaisir qu'elles apportent.

L'argent enlève souvent à son possesseur la joie de vivre et parfois même la vie. Plus d'un homme a été tué pour ses richesses. Il y en a qui n'en tirent pas d'autre plaisir que de les garder, tout comme s'ils étaient les gardiens du trésor d'un autre ! Ils se contentent de vivre misérablement, dans le besoin ; de crainte de diminuer le magot, ils ne font rien d'autre que de le veiller. Et il y en a même qui, par crainte des voleurs, mettent leur argent dans un pot et l'enterrent jusqu'à leur mort et même après et sont ainsi leur propre voleur. Supposez que le pot ait été volé plusieurs années avant la mort de son propriétaire, sans qu'il s'en fût aperçu, en aurait-il été plus pauvre ?

VINCENT : Ma foi, non, pas d'un sou !

IX. DU PEU D'AGRÉMENT QU'APPORTENT LA BONNE RÉPUTATION, L'ESTIME ET L'HONORABILITÉ

ANTOINE : Examinons maintenant la bonne réputation, l'estime, et l'honorabilité. Ces trois choses n'en font qu'une et ne se distinguent entre elles que par des nuances et des degrés. On peut avoir bonne réputation sans être riche ; l'honorabilité, dans l'esprit des gens, ne s'applique qu'à celui qui a des biens, et jouit de l'estime générale. Dans le mot honorabilité, les gens voient l'idée de haute condition, réputation qui s'étend au loin, appuyée sur des actions louables.

Tout cet appareil, employé comme une chose plaisante et commode pour cette vie peut avoir de l'attrait pour celui qui s'y attache. Mais de par sa nature je ne vois pas ce que la chose apporte, je dis bien : de par sa nature, car il se peut qu'elle soit la cause de quelque avantage. Il se peut qu'en raison de l'estime dont ils jouissent, le pauvre et le riche s'appliquent à répandre le bien autour d'eux, de la même façon qu'un homme qui se sent haï s'applique à nuire.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 20 Sep 2017, 00:49

IX. DU PEU D'AGRÉMENT QU'APPORTENT LA BONNE RÉPUTATION, L'ESTIME ET L'HONORABILITÉ

Mais, qu'est-ce que l'honorabilité sinon un souffle aussitôt évanoui que proféré ? Celui qui s'y complaît se nourrit de vent. Il sera souvent déçu. Il s'imagine que beaucoup de gens le louent qui en vérité ne parlent jamais de lui, et ceux qui parlent de lui ne le font pas aussi souvent qu'il le pense. Ils ne passent pas toute leur journée à ne faire que cela. Ceux qui le louent le plus sont bien obligés de temps à autre de l'oublier ! De plus, si on en dit du bien ici, on en médit par là. Enfin ce sont ceux qui le flattent le plus quand il est là qui s'en gausseront le plus derrière son dos et parfois même, sournoisement, jusqu'en sa présence. Pourtant, il y a des gens si intoxiqués par cette idée de renommée qu'ils se réjouissent et se glorifient à la pensée que le monde ne fait rien d'autre nuit et jour que les encenser en chantant leur louange comme les anges célèbrent le Très-Haut.

X. DE LA FLATTERIE


Il y en a qui sont poussés à cette folie de la vanité par des gens qu'ils entretiennent pour leurs flatteries.

Ils seraient vexés si l'un d'eux, sans aller jusqu'à dire la vérité, montrait de la tiédeur dans ses louanges.

VINCENT : Vous dites vrai, mon oncle. Il m'est arrivé, il n'y a pas longtemps, une aventure que je veux vous conter. Elle montre à quel point vous avez raison.

ANTOINE : Dites, mon neveu, je vous en prie.

VINCENT : Quand j'étais en Allemagne, je fus l'hôte d'un grand prélat qui était par surcroît l'un des hommes les plus riches du pays. Vraiment, celui qui peut dépenser autant que lui est considéré comme très riche dans toute la chrétienté. Mais il était glorieux au delà de toute mesure, et c'était pitié, car cela lui faisait gâter bien des dons qu'il avait reçus de Dieu. Jamais il ne se lassait d'entendre ses propres louanges.

Il arriva qu'un jour, il fit un sermon devant un grand auditoire. Il était si content de la manière dont il l'avait dit qu'il fut sur des charbons ardents jusqu'à ce qu'il pût enfin demander à ses commensaux, ce qu'ils en pensaient. Il réfléchit un moment, pour trouver une manière élégante d'introduire la question. Finalement, n'en trouvant pas de meilleure, il nous demanda carrément notre avis. Nous étions assis aux deux bouts de la table, le milieu lui étant exclusivement réservé.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 20 Sep 2017, 22:37

X. DE LA FLATTERIE

(...) À partir de ce moment chacun s'absorba si profondément dans la recherche d'un compliment bien tourné qu'il en oublia de manger. Il eût été honteux de ne faire qu'une plate louange. Nous commençâmes par le plus éloigné, nous procédions par ordre comme s'il se fût agi d'une délibération solennelle ayant pour objet le bien public. Quand ce fut mon tour, je ne dis pas cela pour me vanter, mon oncle, il me sembla m'en acquitter fort bien ! J'étais fier de moi et de l'aisance que je mis à m'exprimer dans la langue allemande qui m'est peu familière, car je mis ma coquetterie à refuser la facilité, qui eût été de m'exprimer en latin. J'espérais être apprécié plus encore par le fait que celui qui devait parler après moi était un prêtre ignorant ne sachant pas un mot de latin. Mais ce rusé renard était si rompu aux exercices de cour qu'il me surpassa et de beaucoup. Je vis à quel degré de perfection dans la flatterie un esprit retors pouvait arriver, en se tendant uniquement vers ce but. Mais je me promis bien que si nous nous trouvions réunis à cette table, lui et moi, et que nous devions de nouveau rivaliser dans la flatterie, j'userais du latin pour qu'il ne puisse plus se mesurer avec moi. Je veux bien me laisser distancer par un cheval, non par un âne.

Mais, mon oncle, écoutez ce qui arriva. Celui qui avait la place d'honneur et qui devait parler le dernier était le détenteur d'un grand bénéfice, et il était versé dans les lois de l'Église. Il fallait voir avec quelle application il suivait les paroles de chacun. Il me semble que mieux on parlait, plus il était ennuyé, car il pensait à la difficulté qu'il aurait à parler mieux encore. Il faisait de tels efforts qu'il en était en sueur et devait de temps à autre s'éponger le visage. Mais celui qui parla avant lui ne laissa pas un mot sensé à sa disposition.

ANTOINE : Pauvre homme ! L'un d'entre vous aurait dû lui venir en aide !

VINCENT : Il n'en eut pas besoin, mon oncle, car il trouva le moyen de nous surpasser tous.

ANTOINE : Que dit-il ?

VINCENT : Par Notre-Dame, il ne prononça pas un mot. Pline raconte que lorsque le peintre Apelle peignit le sacrifice d'Iphigénie, il voulut rendre la tristesse sur tous les visages des chefs grecs. Il laissa, pour le peindre en dernier, Agamemnon, père d'Iphigénie, parce qu'il voulait qu'il fût plus douloureux que tous les autres. Quand il en arriva à peindre ce visage paternel, il avait dépensé tant de talent pour les autres qu'il ne savait plus comment s'y prendre. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 22 Sep 2017, 00:54

X. DE LA FLATTERIE

VINCENT : (...) Alors il eut recours à un artifice, il le peignit, la face enfouie dans un voile. Eh bien ! notre flatteur fit en quelque sorte la même chose. Quand il vit qu'il ne pouvait plus surpasser les autres, il se tut ; mais son silence exprimait le ravissement céleste où l'avait plongé l'éloquence du prélat ; avec un « Oh ! » du fond du cur, il étendit les deux mains, leva les yeux au ciel et versa des larmes.

ANTOINE : En vérité, il joua son rôle admirablement. Mais cette oraison du prélat valait-elle tant de louanges ? Vous l'avez entendue, je le vois bien. Vous ne voudriez pas, je suppose, faire comme le sénateur aveugle que Juvénal décrit avec humour. Il s'agit d'un des flatteurs de l'empereur Tibère. Avec ses collègues, il admirait un gros poisson que l'empereur leur avait envoyé pour le leur montrer. Ce sénateur aveugle, Montanus, faisait chorus avec les plus admiratifs. Il dit bien des choses en vue de dépeindre les beautés de ce poisson, mais il le croyait à sa gauche alors qu'il était à droite. Mais vous, vous n'auriez pas accepté de louer le discours si vous ne l'aviez pas entendu ?

VINCENT : Je l'ai entendu, mon oncle, et il n'était pas sans mérite. Pourtant, il ne valait pas tant de louanges, pas la moitié. Mais je puis vous assurer qu'eût-il été le plus médiocre que jamais on prononça, les louanges eussent été tout aussi excessives, car ceux qui les ont formulées ne se souciaient pas de savoir si la chose le méritait, mais de quelle flatterie ils pouvaient bien encenser Sa Grâce.

ANTOINE : De tels flatteurs rendent les gens fous, comme le dit Térence. Leurs supérieurs ont bien des raisons de leur en vouloir.

VINCENT : Dieu leur en veut, mais non leurs supérieurs, puisque c'est pour entendre leurs flatteries qu'ils entretiennent ces flatteurs. Car ceux qui sont vaniteux, qu'ils soient nobles ou non, préfèrent les louanges aux conseils. Ils ont beau demander qu'on leur dise la vérité, on leur plaira plus en leur servant de jolies fadaises qu'en disant la vérité.

Ils sont comme cet ami de Martial qui lui avait écrit pour lui demander son avis sur des vers qu'il avait faits, le priant de dire l'exacte vérité. Dans une épigramme, Martial répondit :
« Tu me demandes la vérité ?
Je vais te dire la vérité : Tu n'aimeras pas la vérité. »

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 22 Sep 2017, 21:11

X. DE LA FLATTERIE

VINCENT : (...) Le prélat dont je vous ai parlé avait écrit un traité qui devait servir à une alliance entre ce pays et celui d'un grand prince. Il pensait avoir composé son traité si sagement que le monde entier l'approuverait. Là-dessus, assoiffé de louanges, il demanda l'avis d'un de ses amis, expert en ces matières car il avait été à diverses reprises ambassadeur dans ce pays et avait lui-même composé des traités. Le prélat lui remit donc le texte du traité et lui demanda ce qu'il en pensait : « Mais, je vous en prie, dites-moi la vérité. » L'ami se fiant à ce désir parla d'une erreur qu'il voyait dans ce traité. Le prélat s'écria : « Par la messe, vous n'êtes qu'un idiot ! » L'autre me confia par la suite qu'il ne serait plus jamais sincère avec ce prélat.

ANTOINE : Cela se comprend, mon cher neveu, c'est ainsi que des gens en arrivent à ce que tout le monde se moque d'eux. S'ils veulent la vérité, qu'ils accordent leur estime à ceux qui disent la vérité, et n'écoutent pas les flatteurs ! Le roi Ladislas, Dieu ait son âme, agissait ainsi avec ses serviteurs. Quand l'un d'entre eux louait un de ses actes, une de ses qualités, il ne disait rien s'il voyait qu'il était sincère. Mais s'il s'apercevait qu'il y mêlait quelque esprit de flatterie, le roi répondait sèchement : « Je vous en prie, mon ami, quand vous récitez à ma table la prière qui commence par Gloria Patri, louange à Notre Père, n'omettez pas, je vous prie, d'ajouter tout aussitôt la deuxième partie de cette oraison : « ainsi qu'il en a été de tout temps et qu'il en sera toujours (1). » Ne me portez pas aux nues avec des mensonges, car je n'aime pas cela. »

Si on en usait ainsi avec les flatteurs, il y en aurait moins.

J'estime juste qu'on approuve chez les autres ce qu'on trouve digne de louanges, mais à condition de rester dans les limites de la vérité, cela encourage. Les hommes sont semblables à des enfants, la louange les fait avancer.

Certes, mieux vaudrait agir bien sans en espérer nul éloge. Mais celui qui ne peut trouver en son cur de parole pour louer la bonne action d'un autre est un envieux, ou alors il est apathique et maussade. Au surplus, celui qui se complaît dans la louange des autres n'est qu'un sot. Le souffle de toute une foule disant sa louange ne servirait même pas à atténuer la douleur d'une légère brûlure qu'il aurait au doigt.

(1) C'est-à-dire : lorsque vous direz devant moi : Notre père, le roi Ladislas est grand, il doit être bien entendu que vous pensez : ses prédécesseurs l'étaient aussi.

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