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 Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

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ami de la Miséricorde
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MessageSujet: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 27 Mai 2017, 09:41

Rappel du premier message :

Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

Introduction


VINCENT : Voilà donc où nous en sommes, mon cher oncle ! Ceux qui, dans ce pays, viennent rendre visite à leurs amis malades et malheureux, viennent y chercher, comme je le fais moi-même en ce moment près de vous, le réconfort et la consolation. Les prêtres et les moines parlent aux malades de la mort, mais nous qui sommes dans le monde, avons toujours tâché, ici, en Hongrie (1), de leur rendre courage et espoir en la vie.
Mais maintenant, mon cher oncle, le monde est devenu si mauvais et de si grands périls sont suspendus au-dessus de nos têtes que notre plus grand réconfort est de penser que la mort approche. Et nous qui sommes vraisemblablement destinés à vivre un certain temps dans cette misère, avons besoin que quelqu'un comme vous, mon cher oncle, nous puisse donner quelques bons conseils contre l'affliction, car vous avez vécu longtemps et vertueusement et êtes si versé dans la loi de Dieu que bien peu de gens le sont plus que vous en ce pays. Vous avez une longue expérience de ce que nous redoutons maintenant, car vous avez été emmené en captivité par deux fois et maintenant vous êtes sur le point de nous quitter.
Cela peut être pour vous un grand soulagement, mon cher oncle, puisque vous allez à Dieu. Mais, nous, vous nous laisserez ici comme des orphelins. Vous nous avez toujours soutenus en nous aidant, en nous encourageant, en nous conseillant, non comme l'eût fait un oncle ou quelque parent éloigné, mais comme un véritable père.

ANTOINE : Mon cher et bon neveu, je ne nierai pas que non seulement ici en Hongrie, mais un peu partout dans la chrétienté, on ait pris l'habitude de réconforter les malades d'une manière aussi peu chrétienne. On leur fait plus de mal que de bien en réveillant en eux le désir de vivre, au lieu de les laisser méditer sur la mort, le jugement, le paradis et l'enfer et sur toutes ces pensées qui devraient obséder un homme non seulement quand il est malade, mais même quand il est en parfaite santé. Cette manière d'agir me paraît absurde quand on en use pour réconforter un homme de mon âge, car s'il est vrai qu'un jeune homme puisse mourir prochainement, il est évident aussi que, de toute façon, un vieillard n'en a plus pour longtemps à vivre. Pourtant (comme le dit Cicéron), il n'est personne d'assez vieux pour n'espérer vivre une année encore et se réjouir en caressant cette folle pensée. Aussi les prétendus réconforts des amis, au lieu de réconforter celui qui doit mourir, feront s'évaporer complètement cette douce rosée de la grâce de Dieu qui nous amène à souhaiter le départ pour l'autre monde, où l'on se trouve en sa présence.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 23 Juil 2017, 23:01

VII. OÙ IL EST QUESTION DE CEUX QUI NE PEUVENT TROUVER EN LEUR CŒUR LE REGRET DE LEURS FAUTES

ANTOINE : (...) La Passion du Christ paiera l'écot ! Ce n'est pas moi qui envierai leur chance, mais je ne conseille à personne de s'aventurer avec eux sur cette voie-là !

Ceux qui jugent dangereux ce chemin, ceux qui préfèrent l'épreuve de la mortification et du repentir y trouvent le merveilleux réconfort dont je vous ai entretenu. Et puisque ces personnages s'ébaudissent si aisément au sujet de la pénitence, nous ne leur parlerons pas non plus du réconfort qu'ils y pourraient trouver.

VIII. DE L'ÉPREUVE QUE L'ON SUPPORTE AVEC PATIENCE


VINCENT : Je vous remercie de m'avoir si bien éclairé, mon oncle. Parlez-moi maintenant de ce point que vous vous proposiez de traiter en dernier.

ANTOINE : Bien volontiers, cher neveu. Nous traiterons maintenant des épreuves que j'avais rangées dans la deuxième catégorie, celles qui sont supportées avec patience sans toutefois avoir été voulues.

Nous diviserons cette catégorie en deux branches : la première, nous l'appellerons tentation, la seconde persécution. Mais ici, il nous faut observer que je ne veux pas parler de toute espèce de persécution mais seulement de celles qu'on se résout à supporter patiemment pour ne pas déplaire à Dieu. Pourtant, si nous y réfléchissons, nous verrons que chacune d'elles agit sur l'autre et vice-versa car, par la tentation le diable nous persécute et par cette persécution il nous tente. Et, si la persécution est une épreuve pour tout le monde, la tentation est une épreuve pour l'homme de bien. Toutes deux sont des armes du Malin, mais la différence entre elles est la suivante : la tentation est une embûche et la persécution un combat à visage découvert. Cette sorte de tribulation dont nous parlons maintenant, je l'appellerai tentation et je ferai deux divisions : dans la première, nous verrons les embûches du démon, dans la seconde, ses combats à visage découvert.

IX. DE LA TENTATION EN GÉNÉRAL


Il serait trop long de parler de chaque espèce de tentation, car il faudrait également parler des persécutions. Le démon a mille ruses pour nous prendre au piège et dans ses combats il lance mille dards empoisonnés. Il nous tente par la vie du monde, il nous tente par notre propre chair, par le plaisir, par la peine, par nos ennemis, par nos amis ; il lui arrive même, à l'intérieur d'une famille, de transformer en ennemis des êtres chers. Notre Sauveur a dit : Inimici hominis domestici eius (Mt., 10, 36). (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 24 Juil 2017, 23:41

IX. DE LA TENTATION EN GÉNÉRAL

(...) Pourtant, dans toutes ces tentations, nous pouvons trouver une consolation merveilleuse, c'est que plus forte est la tentation plus nous devons nous en réjouir.

Écoutons saint Jacques : « Heureux celui qui supporte l'épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment » (Jc., 1, 12).

Dans ce monde, il y a un perpétuel combat entre le peuple de Dieu et ces lutteurs puissants et rusés que sont les démons, esprits orgueilleux et damnés. En effet, ce n'est pas seulement contre notre chair que nous devons lutter mais aussi contre le démon. Et saint Paul dit : « Car ce n'est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes » (Eph., 6, 12). Dieu a préparé des couronnes pour ceux qui luttent à ses côtés et repoussent victorieusement l'ennemi – et celui qui ne lutte pas n'en recevra pas. Comme le dit saint Bernard : comment lutter s'il ne se présente aucun ennemi ? Saint Jacques a donc raison d'affirmer que nous devons nous sentir joyeux de subir des tentations, car sauf si nous avons la lâcheté d'y succomber, elles seront la cause même de notre éternelle félicité.

X. UN RÉCONFORT QUI PEUT SE TROUVER QUAND ON SUBIT N'IMPORTE QUELLE TENTATION

Si la foi est vive, on éprouvera un inestimable réconfort à se dire que Dieu est toujours prêt à donner de la force contre la méchanceté et les embûches du démon.

Le prophète dit : « Ô mon Dieu, mon Seigneur, la force de mon salut, tu me couvres la tête au matin du combat » Ps., 140, 8

Demandez à Dieu la sagesse, il vous la donnera. « Revêtez l'armure de Dieu, dit saint Paul, pour pouvoir résister aux assauts du démon » (Eph., 6, 11).

Dieu étend sa main sur celui qui veut résister au péché et qui fait appel à lui. Il a promis souvent dans son Écriture, de ne pas laisser choir ses fidèles, et si parfois il leur arrive de trébucher par faiblesse, ils ne se blesseront pas, à la condition d'invoquer l'aide du Seigneur. L'Écriture dit du juste : « Quand il tombe, il ne reste pas terrassé, car Dieu lui soutient la main »(Ps., 37, 24). (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 25 Juil 2017, 22:00

X. UN RÉCONFORT QUI PEUT SE TROUVER QUAND ON SUBIT N'IMPORTE QUELLE TENTATION

(...) Le prophète exprime une véritable promesse de Dieu contre les tentations quand il dit : « Celui qui se confie à Dieu est en sûreté » (Ps., 29, 25). Or, qui se confie à Dieu, cher neveu ? C'est évidemment celui qui, par une foi très vive, se garde du désespoir, celui qui sait qu'il trouvera toujours un soutien dans sa lutte contre la chair, contre le monde, contre le démon. Donc, une foi solide, une ferme confiance dans l'aide de Dieu assurent la sauvegarde divine, ce qui veut dire que, dans la tentation, Dieu ne manquera jamais de protéger ses fidèles. Et le prophète poursuit : « Il te couvre de ses ailes, tu trouveras un refuge sous son pennage » (Ps., 91).

Voici, n'est-ce pas, une promesse certaine pour tout homme dont la foi est vive ; il est assuré que dans la fièvre de la tentation ou de l'épreuve (car, je vous l'ai dit, le démon emploie chaque épreuve pour nous faire perdre patience et nous amener à blasphémer et toute tentation est une épreuve pour le juste) voici donc une promesse que Dieu fait à celui qui croit en lui, de le soutenir dans la tentation. Quelle arme satanique est assez puissante pour nous atteindre si nous sommes protégés par le Seigneur ?

Le psaume continue et dit au croyant : « Lui te couvre de ses ailes, tu trouveras un refuge sous son pennage... » C’est-à-dire, à cause de l'espoir que tu mets en lui, il t'élèvera jusqu'auprès de lui pour te protéger, comme la poule défend ses poussins du vautour en les rassemblant sous ses ailes. Ainsi, pour protéger son peuple fidèle des griffes du démon, et pour le mettre en sûreté, Dieu l'abrite dans la tutélaire chaleur de ses ailes divines. Notre-Seigneur lui-même fit allusion à cette sauvegarde quand il parla aux Juifs comme le rapporte saint Matthieu dans son chapitre XXIII : « Jérusalem, Jérusalem ! toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes... et tu ne l'as pas voulu » (Mt., 23, 37).

Voilà, n'est-il pas vrai, des paroles très réconfortantes pour des chrétiens. Dieu nous y montre sa tendre affection et sa grande bonté. Il voudrait nous abriter, comme une poule ses poussins. Souvent il rappelle ses enfants menacés par le vautour vers l'ombre protectrice de ses ailes, mais plus il appelle, plus nous nous éloignons. Et cependant, n'en doutons point, si nous répondons à sa voix, si nous accourons vers lui, le cœur gonflé d'espoir, il nous prendra sous son aile en cas de tentation. Là, nous serons en sécurité : rien ne pourra plus nous déloger, ni porter atteinte à notre âme. « Prends-moi près de toi, dit le prophète, et que vienne m'attaquer qui voudra ! » Et pour mieux montrer à quel point nous serons en sécurité auprès de lui, le prophète précise : In velamento alarum tuarum exultabo. Cela ne veut pas seulement dire que sous ses ailes nous serons en sûreté ; cela signifie que nous nous y épanouirons dans l'allégresse.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 26 Juil 2017, 21:38

XI. QUATRE FORMES DE TENTATIONS DONT IL EST QUESTION DANS LES PSAUMES

Dans les deux vers suivants, le prophète mentionne quatre formes de tentations et par la même occasion les épreuves dont je voudrais vous entretenir maintenant et même quelques-unes dont nous avons déjà parlé. Ainsi en terminerai-je, je l'espère, avec le sujet qui nous occupe.

Le prophète dit dans le psaume quatre-vingt-dixième : « Sa fidélité t'environnera d'une armure, tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni le trafic se déplaçant dans les ténèbres, ni l'agression du démon de midi ».

Voyons d'abord le premier vers. Sa fidélité t'environnera comme une armure, un bouclier, une cuirasse : cela signifie que Dieu a promis de défendre et de protéger ceux qui mettent en lui leur confiance et qu'il tiendra sa promesse. Sa fidélité te défendra toi aussi qui lui es fidèle, non seulement d'un écu de petit format qui pourrait tout juste te couvrir la tête mais bien d'une grande cuirasse qui préserve tout le corps. « Le bouclier de ce psaume, dit saint Bernard, est large en son chef car la partie supérieure, c'est la divinité, et étroit dans sa pointe, car sa partie inférieure c'est l'humanité de Notre Sauveur Jésus-Christ. » Pourtant, ce bouclier ne ressemble pas à ceux que nous connaissons, qui protègent seulement une partie du corps et laissent les autres vulnérables. Mais, comme dit le prophète : il te ceindra de tous côtés, et tes ennemis ne pourront en aucune façon blesser ton âme. Puis il montre que le diable nous attaque par quatre sortes de tentations et épreuves à la fois et qu'il est nécessaire d'être bien protégés. La fidélité du Très-Haut nous défendra le mieux du monde et nous n'aurons rien à craindre aussi longtemps qu'elle nous enveloppera.

XII. LA PREMIÈRE DES QUATRE TENTATIONS

« Tu ne craindras pas les terreurs de la nuit ». Par le mot « nuit », l'Écriture entend parfois épreuve, souffrance, comme il apparaît dans le ch. 34 du livre de Job : « Dieu connaît leurs œuvres et il les plonge dans la nuit », ce qui veut dire qu'il les enfonce dans la douleur pour les punir de leur méchanceté. Vous savez que la nuit nous apporte malaises et frayeurs. Aussi donnerai-je à ces mots : « terreurs de la nuit » le sens d'épreuves par lesquelles le diable tente les justes et s'efforce de les amener à regimber, comme il le fit pour Job. Mais celui qui garde vive en son cœur la confiance en Dieu sera merveilleusement cuirassé et n'aura rien à craindre de ce qu'on appelle ici les terreurs de la nuit. On les appelle ainsi pour deux raisons : la première est que, le plus souvent, celui qui en souffre discerne mal la cause de son épreuve. Ces épouvantes nocturnes diffèrent en cela de ces combats à visage découvert que sont les luttes engagées par le diable lorsqu'il veut empêcher un juste de faire le bien ou l'inciter à commettre une mauvaise action. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 27 Juil 2017, 23:54

XII. LA PREMIÈRE DES QUATRE TENTATIONS

(...) La seconde raison c'est que la nuit pousse tout naturellement à la terreur, et, l'imagination aidant, on se voit alors entouré d'objets effrayants. Le prophète dit dans les psaumes : « Tu poses les ténèbres, c'est la nuit, toutes les bêtes des forêts s'y remuent ; les lionceaux rugissent après la proie et réclament à Dieu leur manger » (Ps., 104, 20). Sachez bien que si les lionceaux rugissent dans la nuit et y cherchent leur proie, ils n'en trouveront point d'autre que celle qu'il plaît à Dieu de leur accorder. Ils n'en sont pas conscients, mais c'est pourtant à Dieu qu'ils la demandent et de lui qu'ils la reçoivent. Et ceci peut être un réconfort pour tous les justes dans leurs effrois nocturnes : même s'ils sont les victimes des démons, ceux-ci ne peuvent s'attaquer qu'à leur corps, lequel n'est que l'enveloppe de l'âme. L'âme elle-même, qui est la substance de l'homme, est trop fermement protégée par le bouclier de Dieu pour qu'un simple lionceau puisse lui faire le moindre mal, aussi longtemps qu'elle gardera sa confiance en l'aide de Dieu. Le « grand lion » lui-même ne put tourmenter Job que dans la mesure où Dieu lui en accorda la permission.

Les sombres ténèbres de la mi-nuit plongent l'infidèle dans une grande terreur. Il lui manque la lumière de la foi, qui lui ferait comprendre que le danger n'est pas aussi grand qu'il le craint. Mais nous sommes habitués à attribuer une grande importance à notre corps parce que nous le voyons, nous le sentons, son entretien et sa nourriture font l'objet de tous nos soins, tandis que rarement, hélas ! nous pensons à notre âme. Nous ne pouvons la voir que par les yeux de la foi, dans les méditations spirituelles auxquelles nous accordons si peu de temps que nous en arrivons à considérer la perte de notre corps comme un malheur beaucoup plus grand que la perte de notre âme.

Notre Sauveur nous dit de n'avoir nulle crainte de ces petits lions qui ne peuvent s'attaquer qu'à notre corps, mais il nous recommande de redouter le Lion dévorant qui, après avoir frappé le corps, peut entraîner l'âme dans le feu éternel. Pourtant, une fois plongés dans la sombre nuit de la souffrance, nous n'avons plus confiance dans la parole de Dieu ; les terreurs de la nuit nous enveloppent et nous font craindre de souffrir dans notre corps. Saint Paul affirme à divers endroits que le corps n'est que l'enveloppe de l'âme. Mais si faible est notre foi en la parole de Dieu, si obscure la nuit où nous plonge la souffrance que nous craignons plus pour notre corps que pour notre âme, pour le contenant que pour le contenu et même pour tout ce qui pourrait flatter le contenant. Nous sommes encore plus stupides qu'un homme qui se jette à l'eau plutôt que d'abîmer un vieux vêtement. Rappelez-vous que, dans les versets que je vous ai cités, le prophète ne parle pas seulement des lionceaux rugissant dans la nuit mais aussi de toutes les bêtes des bois. Vous savez aussi bien que moi que, la nuit, on a peur de choses qui sont en réalité parfaitement inoffensives. La nuit, pour un homme qui a peur, chaque buisson est un brigand. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 29 Juil 2017, 22:53

XII. LA PREMIÈRE DES QUATRE TENTATIONS

(...) Quand j'étais jeune, je fus à la guerre avec le roi mon maître (Dieu ait son âme !). Nous campâmes en territoire turc, bien au-delà de Belgrade (plût à Dieu que cette ville fût encore nôtre comme en ce temps-là !).

Vers minuit, un cri s'éleva dans le camp : « L'armée turque marche vers nous. » Là-dessus, branle-bas de combat et ordre à toute notre armée de se tenir prête. Ensuite, on questionna plus à fond les observateurs qui avaient rapporté cette nouvelle. L'un d'entre eux dit qu'à la clarté de la lune, il les avait vus de ses yeux s'avançant en bon ordre, tous bien alignés et en rangs si larges qu'on n'en voyait pas les extrémités. Ses compagnons interrogés à leur tour dirent que celui-là les avait un peu distancés puis était revenu les prévenir en hâte et qu'ils avaient estimé préférable de rentrer bien vite au camp donner l'alarme sans aller vérifier eux-mêmes. Du reste, de l'endroit où ils étaient, ils avaient eux-mêmes entrevu l'armée ennemie. Nous veillâmes le reste de la nuit. De temps en temps, l'un de nous s'écriait : « Silence ! Il me semble entendre des pas » si bien qu'à la fin tout le monde croyait les entendre. Puis, le jour se leva. Personne ! On envoya l'observateur accompagné de quelques officiers, à l'endroit où il avait vu l'ennemi. C'est alors qu'on se rendit compte que cette terrible armée turque avançant silencieusement dans la nuit était en réalité une longue et large haie.

Ainsi en est-il de maintes terreurs. Le diable s'empare de notre imagination et nous fait voir tout en noir pour nous faire perdre tout espoir en Dieu. Ce que dans notre détresse nous prenons pour le rugissement d'un lion n'est souvent que le braiment d'un âne. Sur mer, un simple nuage peut paraître un écueil. Pourtant, comme le dit le prophète, celui qui garde en son cœur la confiance en Dieu sera si bien préservé qu'il ne devra craindre ni l'âne, ni le poulain, ni le lionceau, ni le rocher, ni la brume, ni enfin aucune des terreurs de la nuit.

XIII. LA PUSILLANIMITÉ


Les terreurs de la nuit sont souvent dues à la pusillanimité, au manque de courage. L'homme pusillanime est effrayé par un danger imaginaire mais sa fuite même encourage l'ennemi à l'attaquer. Dans l'épreuve, le couard perd patience puis se rebelle, se met à blasphémer contre Dieu, comme le font les damnés en enfer. La pusillanimité empêche souvent l'éclosion de bonnes actions qu'aurait permis le courage, puisé dans la confiance en Dieu. Le diable nous rend lâches et déguise cette lâcheté en humilité : il fait croire à l'incapacité d'accomplir ces actes justes, et l'homme ne saisit pas l'occasion que Dieu lui offre. Ceux qui souffrent de cette infirmité doivent demander secours à Dieu et avec l'aide de conseillers spirituels ils doivent débarrasser leur imagination de la lâcheté que le démon y a mise. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 30 Juil 2017, 23:20

XIII. LA PUSILLANIMITÉ

(...) Qu'ils relisent donc la parabole des trois talents. Celui qui avait enterré son talent au lieu de le faire fructifier se vit accusé de pusillanimité, alors qu'il croyait pouvoir s'excuser en alléguant qu'il avait craint de le placer à intérêt chez les banquiers (Mt., 25). Cette crainte vient du démon, qui profite de la faiblesse de notre confiance dans le Seigneur

Gardons bien vive notre foi en Dieu et il nous entourera de son bouclier et nous n'aurons plus à craindre les terreurs de la nuit.

XIV. LA MANIE DU SCRUPULE


La pusillanimité dont nous venons de nous entretenir tenir donne naissance à une fille bien timorée, sotte, minable, toujours geignante, appelée « manie du scrupule ». Dans la maison, c'est une bonne servante, point paresseuse, toujours active. Sa maîtresse, douce et bonne, se déclare satisfaite de son travail et est toujours prête à pardonner quand il n'est pas bien fait. Pourtant, cette fille timide ne cesse de se plaindre et de pleurnicher : elle craint perpétuellement d'être grondée et punie. Pensez-vous que sa maîtresse soit satisfaite de cet état de choses ? Bien sûr que non !

J'en ai connu une dont la maîtresse était sage et (chose rare chez une femme) extrêmement bienveillante. Mais elle avait horreur du comportement geignard de sa servante et disait : « Mais qu'a donc cette fille ? Cette petite sotte a l'air de s'imaginer que je suis le diable. Elle me ferait dix fois plus de travail que j'aurais encore du mal à supporter dans ma maison ce caractère chagrin. »

Voilà comme sont les scrupuleux ! Ils grossissent démesurément les dangers qu'ils courent et souvent, ils les imaginent, tout simplement. Ils croient avoir commis au moins un péché véniel, alors qu'ils n'ont fait aucune faute ; ils se mettent en tête qu'ils se sont rendus coupables d'un péché mortel quand il n'était que véniel... Pourtant ils ne peuvent pas plus que les autres s'empêcher de commettre des fautes. Alors ils se disent qu'ils se sont mal confessés, que leur contrition n'était pas assez profonde et que les péchés n'ont pas été entièrement pardonnés. Ils se confessent et se confessent de nouveau, jusqu'à lasser leur confesseur et eux-mêmes par surcroît. Quand ils prient, ils le font aussi bien que le permet l'imparfaite nature humaine, mais ils ne sont jamais satisfaits et recommencent éperdument. Quand ils ont répété trois fois la même prière, ils n'en sont pas plus satisfaits. Ils ont le cœur triste, inquiet, plein de doutes, ils ne peuvent trouver de consolation spirituelle. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 01 Aoû 2017, 00:19

XIV. LA MANIE DU SCRUPULE

(...) C'est le diable qui trouble de cette façon de nombreuses âmes droites. Il le fait pour les amener à pécher gravement. Il essaie d'obséder l'esprit par l'idée de la rigoureuse justice divine, de lui faire oublier l'idée réconfortante de la pitié de Dieu et de lui couper tout élan dans ses bonnes œuvres, de telle sorte qu'il n'y trouve plus la moindre consolation.

Au stade suivant, le démon en arrive, à force de la décourager, à dégoûter sa victime de toutes les bonnes œuvres et de tous les exercices spirituels, lui suggérant je ne sais quelle doctrine fallacieuse ou quelle théorie faussement latitudinaire. Il le rend bien plus coupable encore en lui faisant croire qu'il va trouver bientôt dans ces opinions trompeuses le moyen d'apaiser sa conscience. Le malheureux tombe alors dans le laxisme, sa conscience devient aussi large qu'elle était étroite au stade précédent. Pourtant, mieux vaut encore une conscience un peu trop étroite qu'une conscience un peu trop large.

Quand j'étais petit garçon, ma mère employait, pour garder ses enfants, une bonne vieille qu'on appelait mère Maud. En avez-vous entendu parler ?

VINCENT : Oui, souvent.

ANTOINE : Quand elle s'asseyait avec nous près du feu, elle nous racontait des histoires. Pline dit qu'il n'est pas de livre si mauvais qu'on n'y puisse glaner quelque idée utile, moi je pense qu'il n'est guère d'histoire d'enfant qui ne puisse illustrer l'une ou l'autre pensée.

Elle nous conta, une fois, l'histoire de l'âne et du loup qui s'en allèrent se confesser au renard. Le pauvre âne s'en vint un jour ou deux avant le mercredi des Cendres. Mais le loup n'y voulut point penser avant les Rameaux ; puis il remit la chose de jour en jour jusqu'au vendredi saint.

Avant de le bénir, le renard demanda à l'âne pourquoi il venait si tôt, avant même le commencement du carême. Le pauvre animal répondit qu'il craignait de perdre le bénéfice des prières que les prêtres dans ces jours de purification disent pour ceux qui se sont déjà confessés. Il s'accusa d'une faute qui lui causait un cuisant remords : un jour, il avait mis son maître en colère en l'éveillant au petit matin par son braiment peu harmonieux.

Le renard, en confesseur avisé, lui ordonna de ne plus recommencer, mais de dormir lui-même, comme un bon fils jusqu'au lever de son maître. De la sorte il serait assuré de ne plus le réveiller.

La confession de l'âne se poursuivit. La raconter toute serait beaucoup trop long. Il considérait toutes ses actions comme des péchés mortels : pauvre âme, et si scrupuleuse ! Mais son sage et avisé confesseur compta ces fautes pour des bagatelles (ce qu'elles étaient en effet). Puis il déclara au pénitent qu'il était fatigué de l'écouter, et qu'il aurait mille fois préféré passer tout son temps à table devant une belle oie bien grasse. Mais quand vint le moment d'indiquer une pénitence, le renard déclara que le plus gros péché de toute cette confession était la gloutonnerie. Aussi ordonna-t-il à l'âne de ne jamais faire tort à aucun animal pour se procurer de la nourriture. Mais à part cela, ajouta-t-il, l'âne devait manger tranquillement, sans se faire de souci. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 01 Aoû 2017, 22:45

XIV. LA MANIE DU SCRUPULE

(...) ANTOINE : Quand le loup vint se confesser, continuait la mère Maud, c'était le vendredi saint. Le confesseur lui demanda en secouant furieusement son chapelet, dont les grains étaient gros comme des balles, pourquoi il venait si tard. « Père Renard, dit le loup, je vous dirai la vérité ; c'est d'ailleurs pour cela que je suis ici. Je n'ai pas osé venir plus tôt tant je craignais qu'en pénitence de ma gloutonnerie vous ne me prescriviez de jeûner pendant une partie du carême. » — « Voyons, dit Père Renard, je ne suis pas si déraisonnable. Je ne jeûne même pas moi-même. Je vous le dis, mon fils, ici, entre nous, en confession, ce jeûne n'est pas un commandement de Dieu, mais une invention des hommes. Les prêtres, en faisant jeûner les gens, leur donnent du souci pour un reflet dans l'eau ; ils les font tourner à bourrique. Mais moi je ne m'y laisse pas prendre, mon fils, j'ai fait gras tout le carême. Mais pour ne pas causer de scandale, je mange en cachette dans ma chambre, à l'insu de ces frères stupides dont la conscience faible et timorée eût été troublée de me voir. Je vous conseille de faire comme moi. » « C'est bien ce que je fais, autant que possible, dit le loup, Dieu merci ! Je ne prends mes repas qu'en la compagnie de frères dont je suis sûr et qui ont ma complexion. Ils n'ont pas la conscience faible, eux, je vous le garantis, et leur estomac est aussi solide que le mien. »

« C'est sans importance », dit le renard.

Cependant, au cours de la confession, le loup lui apprit qu'il dévorait parfois en seul repas tant de nourriture que, pour le même prix, une famille modeste aurait pu vivre une semaine. Prudemment, le renard lui en fit grief et lui fit un beau sermon où il louait sa propre frugalité : « Je ne dépense mie plus de cent sols par repas, dit-il, souvent mon écot n'atteint même pas cette somme. Quand j'ai envie d'une oie, je ne vais pas l'acheter chez le marchand de volailles, où elles sont toutes plumées, parées et où on peut aisément choisir la plus grasse ; non, je me fournis directement à la ferme, c'est moins cher. Je ne vais même pas les choisir de jour, mais j'y vais la nuit et je prends au hasard, la première qui se présente. Bien sûr, il me faut la plumer moi-même. Parfois elle est vraiment maigre et ne vaut même pas vingt sols, mais je trouve encore le moyen d'en faire deux repas. Vous me dites que vous vivez de rapine. Je n'y vois aucun mal. Vous avez toujours vécu ainsi, et je ne pense pas que vous puissiez agir autrement, ce serait folie y de vous l'interdire, vraiment ce serait contre ma conscience. Il vous faut vivre, et vous n'avez pas d'autre moyen d'existence : vous devez donc garder celui-là.

Pourtant, vous devez observer quelque mesure, et je vois, d'après votre confession, que vous n'en avez pas la notion. Je vous donne donc pour pénitence, de ne pas dépasser la somme de cent sols pour un repas, vous évaluerez vous-même le prix, en conscience. » (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 02 Aoû 2017, 22:19

XIV. LA MANIE DU SCRUPULE

ANTOINE : (...) Voilà comment la mère Maud nous racontait ces deux confessions. Voyons maintenant comment l'âne et le loup ont, chacun de son côté, accompli leur pénitence. Le pauvre âne affamé, vit une truie et ses porcelets confortablement installés sur de la paille fraîche. Il s'approcha avec l'envie d'en manger quelques fétus, mais sa conscience scrupuleuse se mit à le tourmenter. La pénitence lui interdisait de faire tort à qui que ce fût par gourmandise, or s'il prenait, ne fût-ce qu'un brin de paille, l'un ou l'autre de ces petits porcelets pourrait bien prendre froid. Il resta sur sa faim jusqu'à ce qu'on lui apportât sa ration de son. Il allait se jeter dessus quand il lui vint un nouveau scrupule. Il se dit qu'en mangeant ce son il désobéirait à son confesseur, car il risquait de priver un autre animal qui pourrait être affamé lui aussi. Il jeûna donc jusqu'à ce que son confesseur le renseignât mieux. Alors, il rejeta ce scrupule, mangea ses repas sans arrière-pensée et mena dans la suite une longue et honnête existence.

Le loup, lui, quitta le confessionnal, dûment absous. Il avait le même état d'esprit qu'une femme malicieuse de ma connaissance, qui sortant du tribunal de la pénitence dit à son mari : « Me voilà bien confessée, Dieu merci ! Maintenant que j'ai renoncé à mon ancienne malice, je puis recommencer à loisir. »

VINCENT : Vraiment, mon oncle, pouvez-vous lui prêter ces paroles ? Je l'ai entendue moi-même. Elle parlait en plaisantant, pour faire rire son mari.

ANTOINE : Elle avait l'air en effet de parler à moitié en plaisantant. Elle plaisantait quand elle disait renoncer à sa malice. Mais quand elle affirma qu'elle allait recommencer à loisir, son mari vit bien qu'elle parlait sérieusement.

VINCENT : Eh bien ! Je lui raconterai ce que vous dites d'elle !

ANTOINE : Vous pouvez le lui répéter.

Revenons-en au loup. Il s'était déchargé par la confession de son brigandage mais la faim revint bientôt, et il fit comme cette femme pleine de malice dont je vous parlais tout à l'heure : il recommença. Pourtant, sa conscience le freinait. Il ne voulait pas désobéir à son confesseur en prenant un repas de plus de cent sols.

Un jour qu'il rôdait à la recherche d'une proie, il vit dans un pré deux chevaux maigres et boiteux. Le premier tenait à peine sur ses pattes, le second était déjà mort et dépouillé de sa peau. Le premier mouvement du loup fut de se jeter sur ces misérables carnes. Mais alors, il aperçut, dans un pré voisin, une belle vache avec son veau. Il soupira : « Hélas ! pauvre de moi ! J'allais désobéir à mon confesseur sans même y prendre garde. Voilà un cheval mort, dont j'ignore le prix, car, au marché, onques ne vis vendre un cheval mort, et je ne sais pas le moins du monde ce qu'il peut valoir. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 03 Aoû 2017, 22:15

XIV. LA MANIE DU SCRUPULE

ANTOINE (...) Mais, en mon âme et conscience, il vaut certainement plus de cent sols, aussi n'y puis-je toucher. Cet autre cheval, qui est vivant, doit valoir une forte somme, les chevaux coûtent cher dans ce pays, surtout quand ils vont l'amble comme celui-là, car je vois qu'il ne trotte pas, c'est à peine s'il déplace une patte. Je le laisse, car il vaut sûrement plus de cent sols. Mais les vaches abondent en ces parages. Beaucoup de vaches, mais pas beaucoup d'argent. Si je tiens compte de l'abondance des bovidés et de la rareté de l'argent, il me semble que cette vache ne vaut guère plus de trois francs ; son veau ne doit guère coûter plus de vingt sols. Adonc puis-je fort bien me permettre de les manger tous les deux sans pour cela manquer à ma pénitence. »

Si les animaux d'aujourd'hui pouvaient parler comme la mère Maud prétendait qu'ils le faisaient alors, quelques-uns en raconteraient certainement d'aussi sottes. Un court sermon aurait tout aussi bien fait notre affaire, mais si puérile que paraisse cette histoire, elle nous est utile : elle nous enseigne que mieux vaut être trop scrupuleux que trop peu, bien que ce soit parfois pénible, comme nous l'avons vu pour le pauvre âne. C'est également meilleur que d'avoir une conscience élastique, ajustée au gré de la fantaisie et des commodités, comme celle du loup.

De telles gens n'ont pas besoin de consolation, nous n'en parlerons pas. Mais que celui qui pâtit d'un excès de scrupules prenne bien garde, en évitant un péché d'être tenté d'en commettre un autre : il tomberait ainsi de Charybde en Scylla. Le bateau qui entre dans un port à l'entrée duquel se trouvent de dangereux écueils sous-marins doit être dirigé par un habile pilote, qui le guidera d'une main sûre dans la passe. Il en va de même des âmes scrupuleuses : elles doivent se soumettre aux conseils avisés d'un directeur de conscience.

Et même si le scrupuleux est un théologien, qu'il imite les docteurs en médecine ! Un médecin, même très versé dans son art, prendra, s'il est malade, l'avis de ses confrères, il se mettra entre leurs mains. Il a bien des motifs d'agir ainsi. Un de ces motifs est la peur qu'il éprouve au sujet de lui-même ; certains symptômes risquent de l'effrayer plus que de raison.

En l'occurrence, il serait préférable qu'il ignorât tout de la médecine.

J'ai connu dans cette ville un des médecins les plus éminents, homme très expert, qui réussissait des cures merveilleuses. Il tomba lui-même gravement malade. J'entendis alors les confrères qui le soignaient souhaiter que ce savant praticien n'eût aucune connaissance en thérapeutique. Pourtant chacun de ses confrères avait recours à lui quand eux-mêmes étaient malades. Mais pendant cette grave maladie, il s'effrayait de chaque symptôme et cette frayeur lui faisait grand tort. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 04 Aoû 2017, 21:14

XIV. LA MANIE DU SCRUPULE

ANTOINE (...) Une conscience scrupuleuse doit parfois rejeter son propre jugement pour accepter celui d'un homme savant et vertueux, particulièrement pendant la confession, car Dieu y est présent et sa grâce nous est donnée par le sacrement. L'esprit doit se rasséréner, il faut oublier un moment la justice de Dieu pour ne plus penser qu'à sa bonté. Il faut persévérer dans les prières pour obtenir la grâce, et garder fidèlement l'espoir d'être soutenu par le Seigneur. Ainsi, encore un coup, se vérifieront les paroles de la Sainte Écriture : « La vérité du Seigneur, t'environnera comme d'une cuirasse, tu n'auras plus rien à craindre des terreurs de la nuit ».

XV. LES TERREURS DE LA NUIT ET LA TENTATION DU SUICIDE

VINCENT : Mon oncle, vous m'avez bien fait comprendre ce que sont ces « terreurs de la nuit ».

ANTOINE : Cher neveu, il y en a bien plus que je ne puis m'en souvenir. Pourtant, en voici une qui me revient à l'esprit maintenant, et à laquelle je ne pensais pas, c'est la plus horrible, celle où l'on voit le diable pousser quelqu'un à se détruire.

VINCENT : C'est là, en effet, une étrange épreuve, et on dit que ceux qui tombent dans ces singulières obsessions ne peuvent plus, par la suite, s'en libérer.

ANTOINE : Hélas, c'est vrai, mon neveu. Ceux qui se donnent la mort font beaucoup parler d'eux et provoquent l'étonnement. Mais beaucoup de femmes et d'hommes vertueux ont pendant des années été assaillis par cette tentation, l'ont combattue ; aidés de bons conseils et soutenus par la grâce de Dieu ils s'en sont finalement affranchis. Leur épreuve est restée secrète, et nul n'en a parlé.

Il n'en est pas moins vrai qu'il est terrible d'être ainsi sollicité par le diable. J'ai entendu parler de nombreux cas semblables et je me suis entretenu moi-même avec des personnes qui ont subi cette épreuve. Ils en ont beaucoup souffert.

VINCENT : Je vous en prie, cher oncle, expliquez-moi comment vous voyez cela. Vous appelez cette tentation la fille de la pusillanimité, et vous l'apparentez aux « terreurs de la nuit ». Il me semble à moi que c'est plutôt un acte de courage et de témérité. Presque tout le monde a peur de la mort et la fuit, même les plus vaillants.

ANTOINE : J'ai dit, cher Vincent, que la tentation du suicide vient d'un manque de courage et c'est vrai, mais je n'ai pas dit qu'elle ne venait que de là. Car le diable a plus d'un tour dans son sac. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 06 Aoû 2017, 08:32

XV. LES TERREURS DE LA NUIT ET LA TENTATION DU SUICIDE

ANTOINE : (...) Je ne vous ai parlé que de la tentation du suicide provenant du manque de courage, car les autres sortes de morts volontaires ne font pas partie de notre sujet. Du reste, dans ces épreuves-là on a besoin de conseils mais non de réconfort. Ceux qui sont ainsi tentés se complaisent dans leur hantise et dans ses suites. Il y en a qui sont tentés par fol orgueil, par colère, sans crainte aucune, et très heureux de s'en aller, je ne le nie pas. Mais si vous pensez qu'aucun n'a peur, vous verrez bien que vous vous trompez. C'est précisément ceux dont le courage vous paraît le moins discutable qui vous prouveront que j'ai raison.

VINCENT : Vous m'étonnez, mon oncle. Ainsi, d'après vous, cette tentation ne serait pas une épreuve pour ceux qui se tuent par orgueil, par colère, ils n'auraient pas besoin de réconfort spirituel dans une si grande détresse, dans un si grand danger de perdre à la fois leur âme et leur corps ?

ANTOINE : Je vais vous donner un ou deux exemples et vous comprendrez mieux.

Au temps du roi Ladislas vivait, ici, à Buda, un homme très bon, très pauvre, très honnête. Sa femme était si perverse que le diable lui mit dans la tête le projet que voici : elle exciterait la colère de son mari jusqu'à un tel paroxysme, qu'il la tuerait, et qu'alors il serait pendu pour ce forfait.

VINCENT : Étrange dessein en vérité ! À quoi cela pouvait-il lui servir ?

ANTOINE : À rien, mais son cur satanique se réjouissait à l'idée de faire pendre son mari. Si par hasard vous regardez autour de vous, vous trouverez plus d'un cur comme celui-là. N'avez-vous jamais entendu dire : « Pour voir telle ou telle personne frappée de malheur, je veux bien rôtir en enfer pendant l'éternité ? »

VINCENT : C'est vrai, j'ai entendu des gens parler ainsi.

ANTOINE : Eh bien ! pour en revenir au mari et a sa femme, on peut dire qu'il était aussi fou qu'elle, peut-être même l'était-il plus, car peut-être la femme ne discerna-t-elle pas aussi nettement les dangers de l'entreprise. Voyons cependant quel était son projet. Un jour que son mari, charpentier de son état, était en train de fendre du bois, elle se mit à l'injurier à tel point qu'il en devint fou de colère et lui ordonna de se calmer sinon il lui caresserait le dos avec le manche de sa hache. Il ajouta que ce ne serait d'ailleurs pas grand péché si cette hache tranchait la tête dans laquelle frétillait une aussi méchante langue.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 06 Aoû 2017, 23:55

XV. LES TERREURS DE LA NUIT ET LA TENTATION DU SUICIDE    

ANTOINE : (...) À ces mots, le diable intervint et affûta la dite langue sur les dents de la virago. Alors elle provoqua méchamment son homme, « Par la Messe, fils de putain, vas-y ! Tiens, voici ma tête ! » Et elle posa sa tête sur le billot. « Si tu ne la coupes pas, je te maudis, fils de putain ! » À ce moment, il semble bien que le diable se tenait au côté de la femme tandis que près du mari se tenait son ange gardien, qui lui donna le courage d'agir. Et voilà comment cet homme tua sa femme. Des gens avaient entendu la mégère et s'amusaient de ses propos, mais ils ne prévoyaient pas ce qui allait se passer, et ce fut fait avant qu'ils aient eu le temps d'intervenir. Ils racontèrent avoir entendu la tête séparée du corps continuer à lancer ses insultes : « Fils de putain, fils de putain ! » Ils en témoignèrent ensuite devant le roi, sauf une femme, qui affirma n'avoir rien entendu.    

VINCENT : Quelle étrange histoire ! Et qu'arriva-t-il au mari ?    

ANTOINE : Le roi lui donna son pardon.    

VINCENT : En conscience, il ne pouvait faire moins.  

ANTOINE : Mais ensuite, on voulut promulguer un édit : en pareille circonstance, le mari (à condition de pouvoir prouver la vérité de ses accusations contre son épouse) n'aurait pas besoin de pardon mais serait libre d'agir comme le charpentier.    

VINCENT : Comment se fait-il que cette bonne loi ne dépassa jamais l'état de projet ?    

ANTOINE : Comment cela se fait-il ? Mais, cher neveu, bien des lois aussi justes sont restées à l'état de projet ! Ici et ailleurs, parfois, on en a même promulgué de mauvaises à la place. On dit que c'est la reine qui empêcha celle-ci de sortir. Dieu lui pardonne ! C'est la plus grande faute dont cette bonne dame eut à rendre compte quand elle mourut car, à part cela, elle fut toujours une bonne personne.

Quoi qu'il en soit, il semble bien que la tentation de provoquer sa propre mort ne fut pas une épreuve pour la femme du charpentier. Elle aimait penser à son trépas et même elle le désirait. Supposez qu'elle ait fait part de son projet à vous ou à moi, nous n'aurions pas eu l'occasion de la réconforter, comme une âme en peine, mais, naturellement, nous aurions pu la conseiller comme je vous l'ai dit plus tôt, et tâcher de la faire renoncer à son infernal projet.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 08 Aoû 2017, 10:03

XV. LES TERREURS DE LA NUIT ET LA TENTATION DU SUICIDE

(...) VINCENT : C'est vrai, mais ceux qui nourrissent d'aussi noirs desseins n'en parlent à personne : ils ont trop honte.

ANTOINE : Il y en a, en effet, qui n'en parlent pas, mais d'autres vont jusqu'à trouver des gens qui les aident à les réaliser. Il n'y a pas bien longtemps, un voyageur venu de Vienne nous raconta cette autre histoire : Une riche veuve, orgueilleuse et méchante (les deux vont de pair) était en brouille avec son voisin. Elle entra en relation avec un autre voisin, peu fortuné, dont elle pensait pouvoir se servir en l'achetant. Elle lui parla secrètement et lui offrit dix ducats s'il acceptait de venir un matin chez elle et de lui couper la tête avec une hache, puis d'aller, toujours secrètement, déposer la hache dans la propriété du voisin avec qui elle était en querelle, de façon à faire croire qu'il était l'assassin. Elle pensait qu'elle serait considérée comme une martyre et même, se disait-elle, en y ajoutant une somme d'argent qu'on enverrait à Rome en même temps qu'un rapport, elle pourrait être canonisée.

L'homme pauvre promit, sans avoir l'intention de tenir sa promesse. Mais quand il voulut renvoyer à plus tard l'exécution de ce noir projet, elle lui fournit elle-même une hache. Ils décidèrent du jour où il viendrait chez elle. Ce matin-là, il vint, mais il plaça aux environs des gens qui seraient témoins de la folie de cette femme, il les cacha de telle sorte qu'ils pussent entendre. Quand il eut parlé pendant un moment avec la femme, il lui dit de se préparer et il saisit la hache d'une main. De l'autre, cependant, il tâta le tranchant et lui trouva un défaut ; il déclara qu'il fallait aiguiser cette hache, sans quoi il risquait de faire souffrir la patiente. Exaspérée de ces retards, elle se pendit de ses propres mains.

VINCENT : Voilà une bien tragique histoire, je n'ai jamais entendu rien de pareil.

ANTOINE : Celui qui me l'a racontée jura que c'était la vérité. Et c'est quelqu'un de confiance. Voici donc une femme qui n'hésita pas à faire part de ses projets à un tiers, et je connais personnellement celui à qui elle confia l'argent qui devait lui assurer la canonisation. La tentation que subissait cette femme n'était pas, je crois, causée par la peur, mais par la méchanceté et l'orgueil. Elle caressait avec délices ses diaboliques projets et, comme je vous l'ai dit, cela ne lui causait aucun souci, aucune peine. Elle n'aurait eu que faire de paroles réconfortantes. Tout ce qu'on aurait pu tenter, c'eût été de la conseiller sagement. Je vous l'ai dit, dans cette tentation du suicide c'est de conseils qu'on a besoin, non de réconfort ; nous sortons donc ici de notre sujet. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 09 Aoû 2017, 01:43

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

Pour bien vous montrer que ces deux exemples ne sont pas inventés, je vous rappellerai une histoire que vous avez lue dans les conférences de Cassien. Si vous ne l'avez pas lue vous pourrez facilement l'y trouver. Je l'ai moi-même à moitié oubliée. Voici ce dont je me souviens : Un moine vécut longtemps comme un saint dans le désert. Il jouissait de l'estime de ses confrères et des anachorètes. Pourtant, quelques-uns craignaient que les nombreuses révélations qu'il faisait ne fussent des tromperies du démon. Par la suite, on vit bien que c'en étaient, car le diable l'avait si subtilement envoûté, il lui avait insufflé un tel orgueil que, finalement, il l'amena à se tuer. Pour autant que je m'en souvienne sans avoir l'ouvrage sous les yeux, il lui persuada que telle était la volonté divine et qu'ainsi il irait droit au ciel. Si tel était le motif de son suicide, il n'entre pas dans notre propos de parler de ce moine, car il se complaisait dans son idée de suicide et il avait plus besoin d'être sagement conseillé pour ne pas céder aux séductions du Malin, que d'être réconforté. Mais si le diable lui avait fait comprendre comment il avait été trompé et s'il l'avait poussé à se suicider par honte ou par désespoir, alors cette histoire entrerait dans notre sujet. Car alors son orgueil serait tombé et il aurait souffert de pusillanimité, de cette sorte de « terreur nocturne » dont je vous parlais. Si tel avait été son cas, le conseil à lui donner eût consisté en une parole encourageante.

Mais, comme je vous le disais, cet acte ne relève ni du courage, ni de la force de caractère, non seulement parce que la véritable force (qui est une vertu chez les gens raisonnables) doit toujours être accompagnée de prudence, mais aussi parce que en y réfléchissant bien on verra que le motif du suicide est une peur folle, même chez ceux qui sont connus pour leur bravoure.

Prenez par exemple Caton d'Utique, qui se tua après la victoire de Jules César. Saint Augustin déclare dans son ouvrage De civitate Dei qu'en se suicidant Caton ne fit preuve d'aucune grandeur, d'aucune force de caractère, mais seulement de manque de résistance dans l'adversité. Il n'avait pas le courage d'assister au triomphe d'un autre ni de souffrir les malheurs qu'il pressentait. Ainsi, comme saint Augustin le prouve, cet acte horrible n'exige aucun courage. Il peut être causé par une imagination perverse, qui détourne du respect de soi-même. Dans ce cas, l'homme doit être ramené à la raison par de bons conseils, ou alors, cet acte est le fait d'un homme qui manque de force de caractère. Dans ce cas, ce qu'il lui faut c'est une solide consolation, un puissant réconfort. (...) Si nous nous trouvions devant un homme très pieux, comme le père dont parle Cassien, un homme connu pour son austérité, pour sa très grande vertu, ayant une vie spirituelle très profonde, et sujet à de nombreuses et étranges visions, si donc nous nous apercevions que cet homme nourrit secrètement des idées de suicide, nous devrions, avant d'agir pour l'empêcher de les mettre à exécution, étudier son caractère et ses comportements. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 10 Aoû 2017, 00:52

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Il nous faudrait voir s'il est gai et joyeux, ou mélancolique et triste, et s'il vit dans l'espoir de mériter le ciel ou s'il a le cur lourd d'ennui et de dégoût du monde. S'il était du premier type, il faudrait croire que le diable l'a rempli de puérile vanité au moyen d'hallucinations. Un tel homme prend ses hallucinations pour la preuve que Dieu veut qu'il se tue de ses propres mains.

VINCENT : Quels conseils donner dans un tel cas ?

ANTOINE : Ce serait hors de notre sujet, puisque cet homme ne serait pas un personnage tourmenté par une épreuve mais plutôt la victime consentante d'une tentation mortelle. En parler serait allonger considérablement cette conversation et nous n'en terminerions pas aujourd'hui. Je vous dirai pourtant que le conseil à donner doit viser à ceci : se garder des embûches du démon. Mais il faut avoir beaucoup de délicatesse et de doigté pour ne pas heurter l'intéressé, car il est engourdi par la malice du démon, son esprit est occupé par un rêve fascinant et il n'écouterait pas celui qui le viendrait secouer. Il faut le réveiller avec douceur, comme un enfant.

Commencez donc par un éloge ; s'il est fier il écoutera plus volontiers les compliments que les reproches ; une fois que vous aurez gagné sa faveur, vous pourrez insinuer que ses visions sont mises en doute par telle ou telle personne. Si vous n'avez pas trop peur d'un innocent mensonge pour faire le bien (de cette espèce que saint Augustin, tout en le considérant comme un péché, déclare qu'il n'est que véniel, tandis que saint Jérôme n'est même pas aussi sévère), alors vous pouvez feindre qu'un de vos amis est dans un cas semblable. Vous pouvez dire que vous craignez pour lui le danger et que c'est par amitié pour cette tierce personne que vous venez le trouver comme un bon père à qui vous demandez son avis.

Il faut vous rappeler ces mots de saint Jean : « Ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s'ils viennent de Dieu » (1 Jn., 4, 1) ; et ces mots de saint Paul : « Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière » (2 Cor., 11, 14). Vous tâcherez alors de reconnaître par quel signe infaillible on peut distinguer les vraies révélations des fausses. On en trouvera dans maints auteurs et aussi dans un traité intitulé De probatione spirituum du maître Jean de Gerson. Il faut observer si le comportement de celui qui prétend avoir des visions est naturel ou non, s'il paraît « pauvre d'esprit » ou vaniteux, s'il se complaît dans ses propres louanges. Il se peut qu'il soit trop fin, ou qu'il désire être admiré pour son humilité, alors il refusera d'écouter les compliments. Mais s'il montre la moindre méfiance à l'égard des révélations qui lui sont faites, s'il laisse percer la crainte de se trouver devant des illusions diaboliques, il faudrait, d'après maître Gerson, considérer que ce sont là des signes que le diable est bel et bien dans son coeur. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 11 Aoû 2017, 00:51

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Si le diable est assez subtil pour rester caché et ne souffler mot, alors il faut bien observer vers quel but tendent ces révélations, si c'est vers quelque profit spirituel pour lui-même ou pour quelqu'un d'autre ou seulement de vains sujets d'émerveillement. Il faut voir si elles le libèrent de quelque vertueux devoir auquel l'oblige sa qualité de chrétien ou sa profession, ou s'il tombe dans quelque singularité d'opinion contre la sainte Écriture ou contre l'Église catholique. Maître Jean de Gerson parle de maints autres signes auxquels on peut voir si une personne qui n'a ni révélations divines ni illusions démoniaques feint d'en avoir, en vue de gagner de l'argent, de conquérir quelque faveur ou de tromper le monde.

Mais maintenant, revenons à notre sujet. Si parmi tous ces signes qui permettent de distinguer les vaines apparences des vraies révélations, cet homme avance n'importe quoi contre la Sainte Écriture ou la foi de l'Église, alors vous avez une entrée en matière par laquelle, si vous voulez, vous pouvez aborder votre sujet, et il ne vous échappera plus. Ou encore, vous pouvez aussi, si vous le voulez, feindre que cet ami pour qui vous venez demander conseil a été amené à des pensées de suicide par une apparition. Lui l'appelle un ange, vous, vous craignez bien que ce ne soit le diable. Vous affirmez ne pas parvenir à le persuader qu'il se trompe quand il soutient que Dieu veut qu'il se tue. Il s'imagine que, par ce suicide, il participera à la passion du Christ et que des anges l'emporteront au ciel. Dites que votre ami se réjouit à cette pensée, qu'il est aussi fermement résolu à se donner la mort qu'un autre à l'éviter. Vous venez demander comment vous y prendre pour détourner votre ami de son funeste projet et lui montrer son erreur, vous ne voulez pas qu'il perde son corps et son âme à cause de ces hallucinations diaboliques qu'il prend pour des révélations divines.

C'est en cherchant à vous renseigner au profit d'autrui, que l'homme, s'il est pieux, trouvera ce qui convient le mieux à son propre cas. Les arguments qu'il donnera, même s'ils sont moins bons que d'autres, auront beaucoup de prise sur lui, parce qu'il les aura trouvés lui-même. S'il refuse de vous aider, alors il ne vous reste plus qu'à attaquer de front le problème, lui dire que vous avez entendu parler de ses projets et que vous venez l'exhorter à y renoncer. À moins que vous ne désiriez dire que vous avez déjà discuté le projet avec votre ami imaginaire, ainsi vous pourriez introduire la preuve que les révélations ne sont qu'illusions.

VINCENT : Cher oncle, je vous accorde que si on veut faire du bien à quelqu'un il faut trouver une manière agréable de le faire. Si on se rend antipathique, on ne sera pas écouté et les conseils seront inutiles. Mais une fois cette sympathie acquise, quels arguments employer pour convertir ? (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 11 Aoû 2017, 22:44

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Tous ceux qui feront comprendre qu'on s'est trompé, que ces « révélations » ne sont que diableries. Tout cela dépendra de la personne et des circonstances. Vous pouvez vous inspirer de l'évolution qu'a subie son caractère en lui montrant que depuis ses « révélations » il a faibli dans tel et tel domaine (ceux qui fréquentent les victimes de telles illusions remarquent des transformations semblables). Ces personnes deviennent plus orgueilleuses, plus capricieuses, plus envieuses, plus méfiantes, leur jugement n'est plus droit, ils corrompent leur entourage en se grisant de louanges et d'autres faiblesses de l'âme.

Cette évolution vous permettra de conclure si ces révélations sont fausses, ou si elles sont plus étranges que profitables. C'est le critère qui permet de distinguer les miracles de Dieu des hallucinations du démon. Le Christ et les saints font des miracles qui apportent toujours grand profit ; le diable, ses sorcières, ses nécromanciens font, avec beaucoup d'ostentation, des tours qui n'apportent rien à personne, comme un jongleur qui émerveille son monde dans une fête foraine.

En vous inspirant de la loi de Dieu vous pourrez prouver par les saintes Écritures que ce qu'on croit être ordonné par l'ange du Seigneur est justement ce que Dieu a défendu. Dans le cas qui nous occupe, c'est si facile à trouver que je n'ai pas besoin de vous le rappeler : dans les dix commandements, Dieu a formellement proscrit l'homicide, par conséquent il est interdit de se tuer soi-même.

VINCENT : C'est vrai, mon oncle, je ne puis discuter cette défense, mais puisque Dieu peut à la fois ordonner et dispenser de suivre ses commandements, cet homme, s'il désire tuer soit un autre soit lui-même peut être amené à croire que Dieu lui ordonne de se tuer et, par conséquent, se croire dégagé de la défense et engagé par l'ordre contraire, comment dès lors lui ferons-nous admettre que ses visions ne sont qu'illusions ?

ANTOINE : Non, mon neveu Vincent, vous n'avez pas besoin de me demander cela à moi. Vous savez parfaitement que c'est à Dieu qu'il faut le demander. Puisque Dieu l'a défendu lui-même, un jour, il peut aussi dispenser quelqu'un de lui obéir, mais il ne faut pas oublier que le diable peut se faire passer pour Dieu et tromper qui il veut dans une apparition prestigieuse. Si cette apparition entraîne à désobéir aux commandements de Dieu, il y a de grandes chances pour que ce soit une hallucination démoniaque et non une apparition divine. Vous pourrez le faire remarquer et demander à la personne comment elle peut connaître l'authenticité de ses visions (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 13 Aoû 2017, 00:03

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

VINCENT : Vraiment, mon oncle, voilà une question à laquelle il serait, me semble-t-il, bien difficile de répondre. En de telles matières, peut-on être sûr de soi ?

ANTOINE : Oui, cher neveu, Dieu peut projeter dans l'esprit une telle lumière d'intelligence qu'on ne peut manquer d'être certain. Pourtant, celui qui est le jouet du démon peut être sûr de lui également. Dans un sens, il y a la même différence entre eux qu'entre le rêve et la réalité.

VINCENT : Si la différence est aussi marquée, il sera facile au moine dont nous parlons d'indiquer à quoi il reconnaît que ses visions sont vraiment des messages divins.

ANTOINE : Ce n'est pas aussi simple que vous paraissez le croire. Pouvez-vous me prouver, pour l'instant, que vous êtes éveillé ?

VINCENT : Oh ! voyons, mon oncle ! J'agite la main, je secoue la tête, je frappe du pied...

ANTOINE : N'avez-vous jamais fait ces gestes en rêve ?

VINCENT : Bien sûr, et même il m'est arrivé de me demander en rêve si oui ou non j'étais éveillé. Pour le savoir, j'ai fait ces mêmes gestes que je viens de faire devant vous, et j'en ai conclu que j'étais bel et bien éveillé, puis j'ai continué de rêver. Je me voyais attablé avec de bons amis à qui je racontais mon rêve, et tout le monde riait à l'idée que, même en rêve, je remuais bras et jambes et considérais ces gestes comme une preuve que je ne dormais pas.

ANTOINE : Et tout à l'heure, mon cher neveu, ne rirez-vous pas de vous-même, quand vous vous réveillerez, en constatant que vous êtes bien au chaud dans votre lit, que vous avez rêvé tout ceci, alors que vous vous croyez éveillé et en train de discuter avec moi ?

VINCENT : Oh ! mon oncle, vous vous moquez de moi, alors que vous semblez si sérieux ! Vous voudriez me faire croire que je dors ?

ANTOINE : Il se pourrait que vous fussiez endormi, car vous ne pouvez me prouver que vous êtes éveillé. Tout ce que vous pouvez dire ou faire vous le feriez aussi bien en rêve.

VINCENT : Voyons, mon oncle, j'ai pu me croire éveillé alors que je dormais, mais maintenant je sais que je ne dors pas, et il en est de même pour vous, bien que je ne puisse trouver les mots qui vous forceraient à le reconnaître. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 14 Aoû 2017, 01:32

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : Il me paraît, cher neveu, que vous avez parfaitement raison. Il me semble également que les différences entre certaines sortes de vraies révélations et de trompeuses illusions sont comparables à celles qui distinguent le rêve de la réalité. Celui qui reçoit du ciel une vision véritable est aussi sûr de l'authenticité de ses visions que nous le sommes de nos actes quand nous sommes éveillés, et celui qui est le jouet du démon est trompé comme on peut l'être par un rêve et même plus encore. Pourtant, il se croit aussi sûr que celui qui reçoit de vraies révélations : la différence, c'est que l'un croit à tort et que l'autre sait vraiment. Mais je ne dis pas, mon cher neveu, que cette connaissance vraie accompagne chaque sorte de révélation. Car il en est de toutes sortes. Il serait trop long d'en parler ici.

VINCENT : Ne craignez-vous pas, mon oncle, que si, l'Écriture en main, je prouve à ce religieux que ses prétendues visions ne sont que des illusions, il me réponde de m'occuper de ce qui me regarde. Il m'affirmera que lui les connaît pour vraies, puisque dans toute l'Écriture, Dieu fait ce qu'il veut et ordonne même des choses qui vont à l'encontre de ses commandements. Il a commandé à Abraham de tuer son propre fils (Gn., 22), et Samson avait reçu l'ordre de se tuer en faisant s'écrouler un palais sur sa propre tête (Jg., 16, 30).

Mais je pourrai suggérer à ce religieux que de telles apparitions peuvent n'être qu'illusions, lui demander de m'indiquer à quoi il reconnaît que ses apparitions à lui ne sont pas vaines ; je lui ferai remarquer que la parole de Dieu est contre lui et que la défense est claire et nette. C'est lui alors qui me demandera comment je puis lui prouver que je suis éveillé, et c'est lui qui me mettra aux abois et non moi lui.

ANTOINE : C'est fort bien dit, mon cher neveu, pourtant il pourrait ne pas vous échapper comme cela. Observez bien que, depuis que le monde est monde, jamais Dieu n'a autorisé qui que ce soit à se soustraire aux commandements qu'il a donnés à tous.

Examinons d'abord le cas d'Abraham. Dieu n'a jamais envisagé de faire mourir Isaac, il voulait seulement éprouver l'esprit d'obéissance du père. Quant à Samson, tout le monde n'est pas sûr qu'il ait été sauvé. Il semble bien pourtant qu'il l'ait été. Car, les Philistins ennemis de Dieu se servant de Samson pour se moquer de Dieu, il est vraisemblable que le Seigneur lui inspira d'offrir sa vie pour venger Dieu de ces blasphémateurs. C'est ce qui apparaît en ceci : il perdait sa force quand on lui taillait les cheveux, mais il semble bien que cette force extraordinaire, il ne l'avait pas toujours à sa disposition, même quand il avait les cheveux longs. Dieu la lui dispensait quand il lui plaisait. C'est ce qui ressort des mots : « L'Esprit de Dieu fondit sur lui, et, sans rien avoir dans les mains... » Il semble donc que, malgré sa force extraordinaire, il n'eût pas réussi ce qu'il a fait si l'Esprit de Dieu ne l'avait pénétré. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 15 Aoû 2017, 00:53

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Saint Augustin rappelle qu'au temps des persécutions de saintes et vertueuses vierges étant poursuivies par les ennemis de Dieu qui voulaient les violer se jetèrent à l'eau afin de préserver leur virginité. Mais il ne croit pas qu'il soit permis à toute autre jeune fille de suivre leur exemple. Il pense qu'il vaut mieux qu'elles supportent le péché d'un autre commis sur elles plutôt que de commettre sur elles-mêmes, un homicide. Pourtant, il estime que pour ces vierges dont il parle, l'Esprit de Dieu est intervenu pour les garder de perdre leur chasteté.

Mais l'homme qui nous occupe n'est pas comme Samson chargé de châtier les ennemis de Dieu ; il ne se trouve pas non plus dans la même situation que les vierges dont parle saint Augustin. Et jamais Dieu n'a éprouvé l'obéissance de personne en le forçant à se donner la mort. Vraiment, cette permission paraît étrange et contraire aux commandements de Dieu. On n'en comprend pas la cause, on ne peut même pas l'imaginer. Il s'est peut-être mis en tête que Dieu ne peut se passer de lui, qu'il ne veut pas l'amener à lui par les voies dont il use pour les autres hommes, qu'il lui ordonne de venir par un chemin défendu, un chemin dont il est sans exemple qu'il ait jamais été recommandé à personne.

Vous pensez que si vous lui demandez comment il peut être assuré que sa détermination de suicide peut être d'inspiration divine, comment il peut prouver qu'il ne s'agit pas d'une illusion, il vous répondra par une question. Il vous demandera de prouver que vous êtes éveillé. S'il en est ainsi, répondez-lui donc qu'il est banal de bavarder, de remuer et d'en être conscient, tandis qu'il est beaucoup moins courant qu'on rêve tout cela, et encore beaucoup plus rare qu'en rêve on se pose de telles questions. D'autre part, recevoir une vision divine est chose extrêmement rare. Il est donc évident que c'est à lui de fournir des preuves d'une chose aussi extraordinaire, et non à vous de prouver des gestes quotidiens. De plus, celui à qui vous devriez démontrer que vous êtes éveillé s'en aperçoit bien lui-même. Mais ce que lui voudrait vous faire croire, l'authenticité de ses révélations, vous ne pouvez savoir s'il le sait vraiment lui-même. C'est donc à lui de vous prouver qu'il s'agit bien d'une révélation divine, puisqu'il veut vous faire accepter quelque chose de contraire à l'Évangile.

VINCENT : Il pourrait aussi me répondre qu'il lui est indifférent que j'y croie ou non, que c'est lui que cela regarde, et non moi, qu'il a la conviction intime qu'il s'agit bien de vraies révélations divines, qu'il en a la certitude aussi claire et aussi nette que de savoir qu'il est actuellement en train de me parler.

ANTOINE : Sans doute, cher neveu, il se peut qu'il refuse d'envisager le doute, qu'il s'obstine dans son sommeil, tel un somnambule qui se lèverait la nuit pour aller se pendre. Je ne vois guère d'autre solution que de le lier à son lit, ou alors de faire ce que fit, dit-on, la femme d'un sculpteur qui était la proie de ces folles idées. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 16 Aoû 2017, 01:35

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Figurez-vous que ce sculpteur s'était mis en tête, de mourir pour le Christ un vendredi saint comme le Christ était mort pour lui. Sa femme alors, plutôt que de l'en dissuader directement, lui persuada de mourir comme le Christ était mort. Il ne devait pas mourir de ses propres mains, puisque le Christ ne s'était pas tué. Elle lui offrit donc de le crucifier, en secret, sur une grande croix qu'il avait préparée pour en faire un crucifix. Il trouva cette idée bonne. Mais alors elle lui rappela que le Christ fut d'abord attaché à un pilier et flagellé, qu'il fut ensuite couronné d'épines. Alors, elle le ligota et se mit à le fustiger avec violence, tout en l'exhortant à souffrir saintement, tant et si bien qu'avant même qu'elle le détachât (lui demandant toutefois de lui enfoncer sur la tête une couronne d'épines qu'elle avait faite) il dit qu'il pensait en avoir fait assez pour cette année. Il prierait Dieu de montrer de la longanimité jusqu'au prochain vendredi saint. Mais l'année suivante, il n'éprouva plus le désir d'imiter le Christ jusqu'au bout.

VINCENT : Vraiment, mon oncle, si une ruse comme celle-là n'est d'aucun secours, je pense que rien ne le sera jamais.

ANTOINE : Et pourtant, mon cher neveu, le diable peut, pour amener sa victime au suicide, lui faire endurer avec joie des souffrances et même diminuer en lui l'impression de souffrance, afin qu'il craigne moins la mort. Pour guérir quelqu'un d'un tel désir, il faut essayer sur lui bien des moyens, car le diable peut réussir, à lui faire accepter de souffrir, mais il peut aussi échouer, par exemple si les amis de cet homme se mettent tous en prière pour demander à Dieu d'éloigner de lui cette tentation. Il faut que ce soit des amis qui prient, lui ne le fera jamais, puisque, pour lui, il ne s'agit pas d'une tentation.

Pour conclure, je dirai que si cet homme est à ce point résolu à se tuer qu'il s'imagine en avoir reçu l'ordre de Dieu, si aucun conseil ne peut le détourner de cette hantise, ni aucune ruse, il ne reste plus, me semble-t-il, qu'à le garder toujours à vue ou à le lier dans son lit.

Il ne pourra pas se plaindre d'être ainsi surveillé. Il devra admettre que, puisqu'il ne peut nous faire accepter sa version sur ses prétendues révélations que nous continuons, nous, à prendre pour des lubies, il est naturel que nous nous efforcions de le préserver d'une tentation contraire à l'ordre formel de Dieu.

VINCENT : Ici, je ne vous suis plus, mon oncle. Et s'il avait l'intention de se tuer par chagrin, par désespoir, quel argument employer alors ?

ANTOINE : Cette tentation-là, cher Vincent, entre mieux dans notre propos, car celui qui la suit est dans une douloureuse et dangereuse épreuve. Ce peut être le signe que le diable l'a amené au désespoir en le faisant pécher, ou peut-être est-il désespéré parce qu'on a prouvé que les visions qu'il avait reçues étaient fausses, quelque secret péché a peut-être été connu des gens, il a perdu l'espoir en le ciel et il est fatigué de la vie parce que les gens qui l'estimaient le méprisent à présent. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 17 Aoû 2017, 00:35

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) C'est pour cela, cher neveu, que dans un cas comme celui-ci il faut traiter l'homme gentiment, doucement, lui donner du courage, le réconforter le mieux possible. Il faut lui rappeler que, s'il fait montre de courage et de foi en la clémence divine, il aura sujet de se réjouir de sa chute. Car, avant de tomber, se croyant meilleur qu'il n'était, il était dans un danger bien plus grand qu'il ne le pensait. Mais Dieu, dans l'amour qu'il porte à sa créature, permit qu'elle tombât dans le piège du démon, afin de la révéler à elle-même et de lui montrer le danger d'une telle assurance. Puisque Dieu a permis cette chute pour guérir le pécheur de sa vanité, il lui permettra également de se relever, si toutefois celui-ci s'amende, non par un désespoir inutile, mais par une fructueuse pénitence. Il le fortifie de sa grâce, si bien que pour cette seule victoire le démon subira cent défaites.

C'est ici qu'il faut rappeler Marie-Madeleine, le prophète David et surtout saint Pierre, dont le grand courage avait subi une grave défaillance. Mais parce qu'il ne désespéra pas de la grande pitié de Dieu, mais pleura son péché, Dieu le reprit en sa faveur, ainsi qu'il est rapporté dans l'Écriture et connu de toute la chrétienté.

Il serait charitable que des gens vertueux, de ceux que celui qui veut se tuer estimait, et qui eux-mêmes l'appréciaient, vinssent de temps à autre lui rendre visite, non seulement pour lui donner des conseils mais aussi pour lui en demander et ainsi lui faire comprendre qu'ils lui ont conservé leur estime et qu'ils pensent que maintenant, grâce à cette chute, il connaît mieux les ruses du démon, qu'il est mieux qualifié pour donner des conseils. Cela devrait, me semble-t-il, lui rendre courage et le sauver du désespoir.

VINCENT : N'est-ce point dangereux, mon oncle ? Ne risque-t-il pas de sous-estimer sa faute et de retomber dans son orgueil ?

ANTOINE : Mon cher neveu, je n'ai pas dit que n'importe qui devait se mettre entre les mains de cet homme. Cela pourrait, en effet, lui faire grand tort. J'aurai recours à des comparaisons pour me faire mieux comprendre. Supposez un médecin qui applique à un patient un certain traitement. Si avant d'être guéri, le malade se met à souffrir d'une autre maladie dangereuse, et telle qu'il ne supporte plus ce traitement sans danger, le médecin devra parer au plus pressé et sauver d'abord la vie de son malade ; une fois le danger écarté il pourra continuer le traitement pour le premier mal qu'il soignait.

De la même façon un navire en danger de tomber dans Scylla, sait qu'il risque en s'écartant de Scylla de tomber dans Charybde, mais cela n'empêchera aucun maître d'équipage de commencer par s'éloigner de Scylla, puis, ce premier danger écarté, il prendra des mesures pour s'éloigner du second.

C'est la même chose pour cet homme qui sombre dans le désespoir et veut se détruire : commencez par lui rendre courage et confiance, puis, le péril une fois conjuré, on s'occupera de le guérir de ses autres défauts.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 17 Aoû 2017, 23:00

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

VINCENT : Je pense, mon oncle, que le diable a plus d'un tour dans son sac pour faire tomber les hommes dans ce triste état d'esprit.

ANTOINE : C'est bien vrai, mon neveu. Le démon saisit toutes les occasions. Parfois, c'est par la fatigue : les gens sont lassés d'eux-mêmes après quelque lourde perte ; certains autres par la crainte de quelque douleur physique et d'autres, comme je vous l'ai dit, par crainte de quelque déshonneur. J'ai connu moi-même un homme qui jouissait de l'estime de tous, mais un jour il se mit en tête qu'il avait perdu cette estime, il n'en dit rien à personne d'autre, mais il me confia à moi ce qui le torturait. Il était poursuivi par l'idée que les gens ne l'estimaient plus, qu'on n'appréciait plus son esprit comme avant, que maintenant on le prenait pour un imbécile. En fait, il se trompait, on le tenait toujours pour un homme capable et honnête.

J'en ai connu deux autres qui vivaient dans la crainte du suicide. Ils n'auraient pu dire pour quelle raison ils l'auraient commis, mais cette pensée les hantait. Ils n'avaient subi aucune perte, ils n'avaient pas à craindre le mépris de leurs semblables ; l'un d'entre eux était même agréable à regarder, mais tous deux étaient obsédés par cette pensée. Ils se disaient que pour rien au monde ils n'en arriveraient à se supprimer de leurs propres mains, mais pourtant ils craignaient sans cesse de le faire. Pourquoi cette crainte ? Aucun des deux n'eût pu le dire. L'un des deux demanda à l'un de ses amis de le charger de liens.

VINCENT : Comme c'est étrange !

ANTOINE : Je suppose que beaucoup d'entre eux sont aussi peu raisonnables. Le démon, comme je vous l'ai déjà dit, est toujours à l'affût. Saint Pierre dit : « Votre ennemi, le diable, tel un lion rugissant, cherche qui il peut dévorer »1 P., 5, 8

Il remarque bien dans quel état chaque homme se trouve et il n'observe pas seulement les signes extérieurs : biens, richesses, fortune, pouvoir, bonne ou mauvaise réputation, mais aussi les choses plus profondes : la santé, la maladie, la bonne et la mauvaise humeur, la joie, le chagrin, la force et la faiblesse d'âme, la hardiesse et la timidité ; dès que l'une ou l'autre de ces caractéristiques lui en donne l'occasion, il apprête le piège de la tentation. S'il voit des gens enclins à se laisser entraîner aux plaisirs de la chair, son piège sera la volupté ; s'il en voit qui sont portés à se mettre facilement en colère, c'est par là qu'il essayera de les faire choir ; de même s'il en rencontre qui ont l'âme mélancolique, qui sont portés à la crainte, il utilisera ce tempérament pour les faire tomber dans le péché, il leur mettra dans l'esprit des pensées si épouvantables que sans l'aide de Dieu ces malheureux ne pourraient jamais s'en débarrasser. Une pensée horrible peut susciter une vertueuse répulsion. Mais il se peut aussi, par la puissance et l'astuce du démon qui utilise à son profit les caractères craintifs, que cette pensée provoque en l'âme qui l'a conçue le désespoir, la certitude d'avoir été abandonnée par Dieu. Alors que le simple fait de ne s'être jamais complu dans cette idée, de l'avoir toujours combattue suffit pour qu'il n'y ait pas péché, mais au contraire source de vaillance et de mérite.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 19 Aoû 2017, 00:08

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : (...) Il y en a qui, le couteau entre les mains, pensent subitement à se tuer et, tout en se disant que ce serait là un acte horrible, sont obsédés par la crainte d'en arriver à le commettre. Et ils ont, en y pensant longuement et fréquemment, enfoncé cette crainte dans leur imagination, à tel point que parfois ils doivent faire de gros efforts pour s'en débarrasser. Il y en a qui n'ont pas réussi à chasser cette obsession et ont fini très déplorablement par se tuer. Mais n'oubliez pas ceci, cher neveu, lorsque Satan utilise la chair et le sang d'un homme pour le pousser vers la lasciveté, cet homme doit et peut, avec l'aide et la grâce de Dieu, résister à la tentation ; ainsi doit faire celui qui voit le démon abuser de son humeur mélancolique et tenter de le faire sombrer dans le désespoir.

VINCENT : Cher oncle, dites-moi quelle attitude adopter dans un tel cas ?

ANTOINE : Il faut, me semble-t-il, aider de deux manières celui qui est désespéré : il faut prier et lui donner des conseils. Voyons d'abord les conseils : il se peut que son mal ait deux causes différentes : quelque humeur pernicieuse qui lui empoisonne le corps, et aussi ce maudit démon qui utilise cette faiblesse pour ses funestes entreprises. Il doit donc recevoir deux sortes de conseils : ou, si vous voulez, un médecin pour le corps et un médecin pour l'âme. Le médecin du corps diagnostiquera l'abondance des humeurs mauvaises qui empoisonnent l'homme et dont le démon fait ses instruments. Il prescrira un régime et des médicaments, ainsi que des purgatifs pour le soulager.

Que personne ne s'étonne si je conseille de prendre l'avis d'un médecin pour des maux d'ordre spirituel.

Car l'âme et le corps sont si intimement mêlés qu'ils font entre eux une seule personne et le dérèglement de l'un peut entraîner le dérèglement des deux. Aussi, je conseille à chacun, dans toute maladie du corps, de se confesser et de chercher auprès d'un bon médecin de l'âme la santé spirituelle. Car la confession ne servira pas seulement à écarter le danger de mourir en état de péché, danger qui augmente avec la maladie, mais le réconfort qu'on y puisera (et la faveur de Dieu augmentant avec elle) sera salutaire pour le corps. C'est pour cette raison que l'apôtre saint Jacques exhorte les fidèles à appeler un prêtre quand ils sont malades, et affirme que cela leur fera du bien à la fois au corps et à l'âme. De cette façon, je voudrais conseiller de prendre aussi l'avis de médecins du corps, en cas de maladie spirituelle. Certaines personnes disposées au vice et désireuses d'être plus vicieuses encore vont consulter des médecins et des pharmaciens pour savoir ce qui pourrait les rendre plus sensuelles pour le plaisir de leur chair. Serait-ce dès lors folie, chez celui qui veut combattre une telle inclination de demander au médecin de lui indiquer ce qui, sans nuire à sa santé, diminuerait en lui un tel penchant charnel ?
En ce qui concerne l'esprit, il faut conseiller au désespéré de se confesser, afin de diminuer l'emprise que le démon peut avoir sur une âme en état de péché.

VINCENT : On m'a dit, cher oncle, que quand de telles personnes vont à confesse, leur tentation s'en trouve aiguisée. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Hier à 00:43

XVI. DE CEUX QUI VEULENT SE TUER POUSSÉS PAR LE DÉMON QUI LEUR FAIT CROIRE À UNE RÉVÉLATION DIVINE

ANTOINE : C'est très possible. Mais c'est le signe que la confession leur est bienfaisante, et qu'elle a mis le démon dans une grande colère. On trouve dans maints passages de l'Évangile que les démons redoublent leurs efforts contre leurs victimes quand ils voient que le Christ veut les en chasser. Si nous craignons la colère de Satan, nous devons le laisser agir à sa guise, car, à chaque bonne action il se fâche.

Il faut dire au désespéré qu'il craint plus qu'il ne devrait dans la confession, et même qu'il n'y a aucun sujet de crainte ; on peut même ajouter qu'à moins qu'il ne change le bien en mal il devrait plutôt se réjouir.

Oui, il craint plus qu'il ne devrait, car si diligent que se montre le démon pour le détruire, Dieu est plus diligent encore dans son désir de le sauver : aucun démon ne s'acharne à le perdre avec autant de force que Dieu n'en met à le sauver. Aucun démon de l'enfer n'est aussi fort pour l'attaquer que Dieu ne l'est pour le défendre, à condition toutefois que lui-même ait une grande confiance en Dieu.

Il se montre craintif alors qu'il ne le devrait pas. Il craint avoir perdu l'amour de Dieu parce que d'horribles pensées lui sont venues à l'esprit, mais il lui faut comprendre qu'aussi longtemps qu'il ne s'y complaît pas, elles ne peuvent lui être imputées à péché.

Finalement, il est triste, alors qu'il devrait se réjouir. Car puisqu'il n'accueille pas de telles pensées, puisqu'il les rejette, il détient là un signe qu'il a conservé la faveur divine, que Dieu lui vient en aide, et il peut être assuré que Dieu ne le quittera jamais aussi longtemps que lui-même lui est fidèle. En outre, cette lutte contre la tentation peut, s'il ne tombe pas sans nécessité, être une occasion de mériter une grande récompense dans le ciel. La peine qu'il éprouve lui tiendra lieu, comme le démontre maître Gerson, de temps au purgatoire.

Pour combattre cette tentation, il faut trois choses : il faut résister, il faut mépriser les ruses du démon et enfin il faut demander l'aide de Dieu.

C'est le bon sens de résister à une telle tentation, il faut bien se dire que ce serait folie que d'y succomber, ce n'est pas le désir d'échapper à une peine qui y a conduit, ni le désir de jouir d'un quelconque plaisir, c'est au contraire, en y succombant, qu'on perdrait l'éternelle félicité et qu'on tomberait dans l'éternelle douleur. Même à supposer qu'on cède à cette tentation avec l'intention d'échapper à une grande douleur, il faut bien se dire qu'elle n'est rien en comparaison de celle qu'on aura méritée en succombant.

C'est la terreur d'y succomber qui torture le plus dans cette tentation ; il faut bien se dire que tous les diables de l'enfer ne pourront jamais amener quiconque à commettre cet acte, c'est une folle imagination qui y mène.

On pourrait comparer la personne en proie à cette tentation à quelqu'un qui s'avance sur une passerelle étroite, et qui s'effraie, alors qu'il marcherait sans encombre s'il gardait son sang-froid. (...)

Source : livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
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